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Sur les traces d' À bout de souffle

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Il y a mille façons de regarder A bout de souffle, et l’une pourrait s’intituler « Itinéraire parisien d’un bandit cinéphile ». Images du Paris de 1959 et références à une certaine vision du cinéma alternatif d'alors – Les séries B, le film noir – sont en permanence mêlés. Le jeu de piste commence dès la première image du film, dédicace à la Monogram Pictures, le studio le plus fauché d’Hollywood, connu pour ses polars inventifs, ses westerns vite faits et ses films de zombies. Lorsque le voyou en cavale Michel Poiccard (Jean-Paul Belmondo) arpente les Champs-Elysées après que la jolie marchande de journaux interprétée par Jean Seberg ait pris congé de lui par un baiser, il passe devant l’affiche de Tout près de Satan, un film de Robert Aldrich sur les démineurs, produit par le studio Hammer (fameux pour ses films d’horreur) et dont le slogan est : "Il faut vivre dangereusement jusqu'au bout". Puis une jeune fille l'interpelle : «Vous n’avez rien contre la jeunesse ?». Elle lui propose Les Cahiers du cinéma, la revue ou François Truffaut s'était élevé en 1954 contre le conformisme du cinéma français. Ensuite, Belmondo est attiré par la devanture du cinéma Normandie, au 116 Champs-Elysées : on y joue Plus dure sera la chute, le dernier film de Bogart avant sa mort. En 2013, Quentin Tarantino dira à Lyon «Dans A bout de souffle, Belmondo rêve devant la photo de Bogart et moi, au même âge, je rêvais devant la photo de Belmondo». Plus tard dans le film, Belmondo marche avec Jean Seberg Boulevard des italiens et passe devant le cinéma Le Cameo, aujourd’hui devenu UGC Opéra. C’est à nouveau sur les Champs-Elysées qu'il voit la jeune femme embrasser son rival (Un journaliste américain interprété par le hollandais Van Doude), dans une Jaguar garée devant un cinéma qui joue Hiroshima mon amour, de Resnais. Le journaliste vient de lui offrir Les Palmiers sauvages, de William Faulkner, scénariste du Port de l’Angoisse et du Grand Sommeil, chefs d’œuvre de Howard Hawks avec Bogart… Plus tard c’est sur les terrasses d’Orly - pas encore immortalisées par Chris Marker dans La jetée (1962) - que le réalisateur Jean-Pierre Melville, fanatique des films noirs américains, incarne l’écrivain Parvulesco que Jean Seberg, propulsée journaliste, est venue interviewer. Revenue dans les locaux du Herald Tribune, rue de Berri, elle est interrogée par un inspecteur que joue Daniel Boulanger (qui deviendra bientôt le scénariste de L’Homme de Rio et des Tribulations d’un Chinois en Chine avec Bébel !). Elle sème ensuite la police en entrant au cinéma Mac Mahon, 5 avenue Mac Mahon, où se joue Le mystérieux Docteur Korvo, d’Otto Preminger, l’un des 4 cinéastes vénérés des « Mac Mahoniens », légendaire groupe de critiques (dont Bertrand Tavernier et Patrick Brion) qui se réunissaient dans ce cinéma, toujours fidèle à la cinéphilie de nos jours. Belmondo et Jean Seberg assistent ensuite à la projection de Westbound, un western de Budd Boetticher (autre cinéaste fétiche de certains Mac Mahoniens), en haut de l’avenue de la Grande-Armée, au cinéma Napoléon qui fut exploité de 1934 à 1988. La cavale de Michel Poiccard va bientôt s’achever tragiquement dans le quartier de Montparnasse. Il ne rejoindra pas l’Italie, où il se vantait d’avoir été assistant sur un tournage à Cinecitta. Mais avant de quitter la scène, que de clins d’œil, parfois prémonitoires, à la passion du grand écran !

Par Antoine Sire

 
Publié le Jeudi 16 janvier 2014.
Beatrice Billon
Le film
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À BOUT DE SOUFFLE

de Jean-Luc Godard

1959

Avec : Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Van Doude, Daniel Boulanger, Henri-Jacques Huet, Roger Hanin, Jean-Pierre Melville

Scénariste : Jean-Luc Godard sur une idée de François Truffaut

Producteur : Georges de Beauregard

Distribution : Carlotta Films

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