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Le Paris de Jacques Prévert dans Les Portes De La Nuit

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Peu de films ont contribué, autant que Les Portes de la nuit, à façonner l’idée qu’il existe un "Paris de Jacques Prévert" où les rues grises de la capitale imprègnent de magie les amours, les rires et les pleurs des gens ordinaires. L’histoire se déroule en février 1945, pendant le rude hiver de privations qui succéda au bel été de la Libération. Parmi les premières images, un magnifique panoramique sur la ville, filmé depuis le sommet d’un des immeubles bordant la station de métro Stalingrad qui, jusqu’en février 1946, s’appelait Auberviliers-Boulevard de la Villette. Les portes de la nuit montrent un florilège de sites typiques du Paris populaire, en particulier le bassin de La Villette et le légendaire pont de la rue de Crimée, sur lequel Robert Doisneau prendra en 1955 la photographie la plus connue de Jacques Prévert. Mais comme pour Hôtel du Nord, le réalisateur Marcel Carné a fait reconstruire en studio par le décorateur Alexandre Trauner des pans entier du paysage parisien, en particulier la station de métro Barbès-Rochechouart. Le métro est bien l’un des éléments majeurs du décor du film. C’est là qu’Yves Montand y croise pour la première fois Jean Vilar, en clochard symbolisant le destin, celui-là même qui se penchera vers Serge Reggiani, en petit voyou collabo, pour l’avertir : « Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir une mort heureuse ». C’est aussi près du métro qu’un chanteur des rues entonne la chanson contenant le titre du film : « Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
 contre les portes de la nuit ». Le film raconte la tragique histoire d’amour de l’ancien résistant Diego (Yves Montand) et de la belle Malou (Nathalie Nattier) mariée à l’odieux profiteur qu’incarne Pierre Brasseur. Initialement, les rôles de Diego et Malou devaient être tenus par Jean Gabin et Marlène Dietrich. Ils étaient liés à la production par contrat mais refusèrent de participer à ce film soulignant des aspects sordides de l’occupation, alors qu’eux-mêmes s’étaient puissamment engagés dans les armées de libération. Pour attendrir Gabin, Carné et Prévert ont invité l’acteur dans leur estaminet favori de la rue Dauphine, tandis que Joseph Kosma s’est mis au piano et a entonné Les feuilles mortes, chanson créée pour le film qui deviendra bientôt… immortelle. Mais l’idée de pousser la chansonnette ne suffira pas à ébranler Gabin, et Prévert devra adapter son scénario au tout jeune Yves Montand ! Comme toujours avec Carné, Les Portes de la nuit brille aussi par son extraordinaire galerie de seconds rôles si typiques du peuple de jadis : Julien Carette, Jeanne Marken, Raymond Bussières et le prodigieux Saturnin Fabre en collaborateur outré par le retour de la liberté.

Par Antoine Sire

Publié le Samedi 3 mai 2014.
Beatrice Billon
Antoine Sire, Marcel Carné, Les portes de la nuit, Paris, Jacques Prévert, Cinéma, Serge Reggiani, Alexandre Trauner, Tournage, Hôtel du nord, Marlène Dietrich, Jean Gabin, Yves Montand
Le film
Portes De La Nuit

LES PORTES DE LA NUIT

de Marcel Carné

1946

Avec : Yves Montand, Pierre Brasseur, Serge Reggiani, Saturnin Fabre, Nathalie Nattier, Julien Carette, Jean Vilar, Raymond Bussières, Dany Robin, Jeanne Marken

Scénariste : Jacques Prévert

Producteur : Pierre Laurent, Raymond Borderie

Distribution : Pathé

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