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Le gros coup, beau film oublié avec Emmanuelle Riva

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Jean Valère, réalisateur injustement méconnu, a souvent tourné avec de grandes actrices : Jean Seberg, Marina Vlady, Micheline Presle, Monica Vitti. En 1964, c’est Emmanuelle Riva, décédée ce 27 janvier à l’âge de 89 ans, qui partage l’affiche avec Hardy Krüger, Fernando Rabal et… Roger Couderc dans Le gros coup, un thriller tiré d’un roman de Charles Williams dont le brillant scénario est co-signé de Jean-Charles Tachella et Paul Gégauff, complice habituel de Claude Chabrol.

Deux ans après avoir tenté d’empoisonner son mari Philippe Noiret dans Thérèse Desqueyroux, Emmanuelle Riva incarne cette fois une vraie meurtrière, qui a fomenté avec son amant (Francisco Rabal) l’assassinat de son mari. L’instrument du crime a été la voiture du défunt, dont la colonne de direction a été sabotée, et qui a percuté de nuit le véhicule conduit par un footballeur (Hardy Krüger). Celui-ci, blessé, tente prématurément de revenir sur les stades, compromet définitivement sa carrière et se retrouve au chômage. Mis sur la piste de l’épouse criminelle, il la visite dans sa grande maison pour tenter de la faire chanter. Le naïf jeune homme croit posséder toutes les cartes en main, mais il n’est décidément pas de taille à affronter cette adversaire à la cérébralité aussi élégante que redoutable.

Emmanuelle Riva lui est apparue en haut d’une véranda, à la manière d’une autre amante diabolique, Barbara Stanwyck dans Assurance sur la mort. Mais la ressemblance s’arrête là : le personnage d’Emmanuelle Riva est celui d’une femme dont le machiavélisme se teinte d’une subtile détresse intérieure. En outre elle semble partagée entre son dessein criminel et l’affection qu’elle porte à celui qui vient la faire chanter… mais les apparences sont trompeuses. Le spectateur s’interrogera pendant tout le film sur la vraie nature de cette femme fatale, finalement plus désespérée que matéraliste…

Initialement, le rôle du footballeur devait être tenu par Jean-Paul Belmondo, qui avait donné son accord mais disparut mystérieusement du projet. Pour le rôle féminin, Valère espérait Brigitte Bardot et se rendit avec Gégauff à Rome ou elle tournait un film dans l’espoir de la convaincre. Ils rentrèrent de Rome avec l’accord… d’Annie Girardot qui, finalement prise par un autre projet, dut se désister. Valère proposa alors le rôle à Emmanuelle Riva, qui accepta. "Elle ne correspondait pas idéalement au personnage, écrit Valère dans ses mémoires, aussi décidai-je de la faire jouer à contre-emploi. J’entrepris de la transformer physiquement : sa coiffure, son maquillage, son habillement, et une quantité d’infime détails. (…) Elle incarna parfaitement ce personnage de femme fatale, mystérieuse, insaisissable". Si Emmanuelle Riva fut un peu réticente à se laisser aller dans la scène d’amour, "Elle sut donner à son personnage une aura de mystère qui laisse entrevoir, notamment dans la scène finale, une forme de tourment secret qui ne peut se résoudre que dans la mort"

Aux côtés de Francisco Rabal, acteur fétiche de Luis Bunuel, une des curiosités du film est la présence du célèbre commentateur sportif Roger Couderc, qui incarne ici un journaliste ami du footballeur. De nombreuses scènes d’extérieur témoignent du Paris en restructuration des années 1960. Les scènes du début sont filmées dans l’ancien Parc des Princes à l’époque où le stade était ceinturé par un vélodrome à la piste rouge, tandis que le film s’achève près des grands chantiers qui étaient alors en cours derrière la gare Montparnasse. Le film reçut un écho critique très favorable, mais ses producteurs s’en désintéressèrent et le firent sortir en plein été dans un circuit réduit. Ce très bon film peut heureusement être aujourd’hui redécouvert en DVD.

Par Antoine Sire

Le Gros Coup de Jean Valère (1964)
Ecrit par Jean-Charles Tachella, Paul Gégauff et Jean Valère d’après un roman de Charles Williams.
Avec Emmanuelle Riva, Hardy Krüger, Francisco Rabal, Roger Couderc, Jean-Louis Maury

Publié le Samedi 28 janvier 2017.
Beatrice Billon
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