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La corniche de Jean Rochefort dans Un éléphant ça trompe énormément

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Un jour pluvieux de novembre 1974, alors que Jean Rochefort était occupé à nettoyer les boxes de ses chevaux envahis par la boue, il vit arriver chez lui Yves Robert, qui lui tendit un scénario. Rochefort le lut toutes affaires cessantes et, deux heures après, téléphona au réalisateur pour lui dire : « J’ai eu une émotion profonde. C’est un grand scénario. C’est une comédie et vous avez fait œuvre d’humaniste ». Né de l’envie d’Yves Robert et de son complice Jean-Loup Dabadie d’écrire un film sur l’amitié, Un éléphant ça trompe énormément est également un manifeste lucide mais tendre sur les ridicules de la gent masculine et une formidable promenade à travers le Paris des années 70. Jean Rochefort incarne un haut fonctionnaire marié, brusquement subjugué par la beauté d’Anny Duperey, alors qu’elle passe au-dessus d’une grille de chauffage et que sa robe s’envole comme celle de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion. Hésitant à suivre ses pulsions d’infidélité, Jean Rochefort met peu à peu dans la confidence ses trois inséparables copains, qui ont eux-même leurs problèmes : Victor Lanoux, quitté par sa femme excédée par ses incartades, Guy Bedos, affublé d’une caricature de mère juive (Marthe Villalonga, seulement âgée dans la réalité de deux ans de plus que Bedos !) et Claude Brasseur, qui essaie vainement de cacher à ses amis son homosexualité. Rythmé par la voix off de Jean Rochefort, dont la dignité est sans cesse contredite par ses mésaventures à l’image, le film s’achève sur une corniche où le malheureux a du se réfugier après que le mari d’Anny Duperey soit rentré à l’improviste. L’appartement est censé se trouver au 72, avenue de la Grande Armée, avec une splendide vue sur la place de l’Etoile, mais c’est en réalité la corniche du 10 qui a été utilisée. Cette corniche ne fait qu’1 mètre 20 de large et elle est légèrement en pente : Jean Rochefort avoua plus tard que, malgré la cocasserie de son rôle, il n’en menait pas large ainsi suspendu au-dessus du vide. Auparavant, il aura donné rendez-vous à sa conquête à l’Ascot Bar au 66 rue Pierre Charron – mais suite à un quiproquo c’est une secrétaire interprétée par Martine Sarcey qui s’y est rendue – avant de la retrouver finalement à La Rhumerie au 166 boulevard Saint-Germain. On voit aussi Jean Rochefort sortir de chez Hediard, place de la Madeleine, féliciter son épouse Danièle Delorme devant l’université du Panthéon, tandis que l’une des dernières scènes du film est un très bel extérieur nuit devant la Grande Mosquée de Paris !

Par Antoine Sire

 
 
Publié le Samedi 25 janvier 2014.
B BO

La corniche de Jean Rochefort

10, avenue de la Grande Armée 75017 Paris

Le film
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UN ÉLÉPHANT ÇA TROMPE ÉNORMÉMENT

de Yves Robert

1976

Avec : Jean Rochefort, Claude Brasseur, Victor Lanoux, Guy Bedos, Anny Duperey, Marthe Villalonga

Scénariste : Yves Robert et Jean-Loup Dabadie

Producteur : Gaumont

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