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Jean Simmons face aux mystères de l’Exposition Universelle dans Si Paris l’avait su

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Si Paris l’avait su est du au londonien Terence Fisher (futur réalisateur, pour la mythique Hammer Film, de trois Dracula et quatre Frankenstein). C’est un film à l’intrigue extraordinaire.

Nous sommes à Paris, pendant l’Exposition Universelle de 1889. La Tour Eiffel vient d’être inaugurée et perce de sa prodigieuse flèche tous les horizons de la capitale. Deux anglais aisés, un frère (David Tomlinson) et une sœur (Jean Simmons) viennent visiter l’exposition après un voyage en bateau à travers la Méditerranée. Ils prennent deux chambres séparées dans un hôtel. Au matin la jeune femme cherche vainement son frère... et sa chambre, qui semble avoir disparue elle aussi ! Les hôteliers affirment que le frère de l’anglaise n’existe pas, des témoins confirment qu’elle est arrivée toute seule, et bientôt tout Paris semble être ligué contre elle pour la faire passer pour folle. En fait, ce dernier a contracté la peste sur le bateau, et la maladie s’est déclarée durant la nuit à l’hôtel. Craignant que cette situation ne sème la panique pendant l’Exposition Universelle, les hôteliers ont fait disparaître toute trace du malheureux et de son passage. Seul un jeune peintre (interprété par Dirk Bogarde au seuil d’une brillante carrière), peut aider la jeune femme à démontrer qu’elle est saine d’esprit et que son frère est réellement arrivé avec elle à Paris...

L’origine de cette histoire est une "légende urbaine" qui s’est développée à Paris dans les années qui ont suivi l’exposition. L’histoire fit le tour du monde, au point que le célèbre chroniqueur américain Alexander Woolcott lui consacra en 1935 une enquête approfondie.

Elle inspira plusieurs films, dont le plus étonnant est Sans laisser de traces (Verwehte Spuren), qui se déroule à Paris pendant une autre exposition universelle, celle de 1867. Réalisé à Berlin en 1938 par le tristement célèbre Veit Harlan, propagandiste préféré de Joseph Goebbels, ce film a pour vedette Kristina Soderbaum, compagne du metteur en scène, qui joue son rôle en état d’hystérie permanente. Ici, la jeune femme est une canadienne en visite avec sa mère, qui a contracté la peste pendant le voyage transatlantique. Elle se heurtera à la conspiration du silence orchestrée par les fourbes parisiens. Véritable superproduction du cinéma nazi, Sans laisser de traces s’ouvre sur une pharaonique scène de carnaval, à la fois multiraciale et décadente, dont le but est à l’évidence de faire apparaître la capitale française comme le lieu de toutes les perditions !

Dans Si paris l’avait su, la réalisation britannique donne plutôt au Paris de 1889 un parfum délicieusement victorien.

Si tous les intérieurs et plans rapprochés du film ont été tournés aux studios de Pinewood en Angleterre, la Tour Eiffel est omniprésente dans les vues extérieures. Ce film est l’un de ceux qui contribuent à révéler Jean Simmons comme l’une des plus grandes vedettes du cinéma mondial des années 1950. Son angoisse brillamment intériorisée est aux antipodes du jeu outré de Kristina Soderbaum.

Dès 1952, cette brune intelligente et gracieuse apparaît à Hollywood aux côtés de Robert Mitchum dans Un si doux visage, mais une querelle contractuelle avec Howard Hughes lui fait manquer le rôle de Vacances Romaines, qui revient à Audrey Hepburn avec la réussite que l’on connait.

Jean Simmons s’illustrera tout de même dans de nombreux succès comme La Tunique (1953) de Henry Koster, le premier film en Cinémascope. Elle offrira en 1960 une prodigieuse composition, en prédicatrice illuminée aux côtés de Burt Lancaster dans Elmer Gantry, le Charlatan, de Richard Brooks.

Par Antoine Sire 

Publié le Mercredi 17 février 2016.
Beatrice Billon
Le film
Affiche Si Paris Avait Su

SI PARIS L'AVAIT SU

de Terence Fisher

1950

Avec : Jean Simmons, Dirk Bogarde, David Tomlinson, Marcel Poncin, Cathleen Nesbit

Scénariste : Ecrit par Hugh Mills et Anthony Thorne d’après le roman d’Anthony Thorne

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