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Gabin se promène au bord de l'eau dans La Belle Équipe

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Les guinguettes ne sont pas rares au cinéma, où elles incarnent la liberté d'un dimanche pour une classe ouvrière meurtrie par les soucis d'argent.

Dans La Belle Équipe, de Julien Duvivier, cinq amis chômeurs qui vivent dans un hôtel sordide, gagnent 100 000 francs à la loterie. Ils prennent alors leur destin en main en créant une guinguette en bord de Marne. Le film fut réalisé aux studios de Joinville, à l'époque l'une des plus grandes usines du cinéma français, et sur une île de Chennevières sur Marne.

Tourné à l'été 1936, l'année même du Front Populaire, La Belle Équipe semble faire l'éloge de la fraternité des gens simples, illustrée par la musique enjouée de la chanson Quand on se promène au bord de l'eau chantée par Jean Gabin dont il ne faut pas oublier qu'il avait débuté au music-hall.
"Paris au loin nous semble une prison, on a le cœur plein de chansons", chante Gabin. Mais sa relation avec son meilleur ami, incarné par cet autre monstre sacré qu'était Charles Vanel, se heurtera aux charmes vénéneux de l'épouse de ce dernier. Elle est interprétée par Viviane Romance, qui après ce film deviendra l'actrice à qui des centaines de milliers de jeunes françaises voudront ressembler. "Gorge toujours admirablement présentée, hanches faites pour porter le poids du songe, jeu de cuisses ou d'épaules d'une franchise expressive, cette spontanéité de la chair se résume dans la chaleur d'une bouche humide et entrouverte pour un mot qui ne peut être que celui de l'acquiescement" écrivait, à propos de Viviane Romance, Nino Frank, l'inventeur de l'expression "film noir". 

De même que le Front Populaire est une parenthèse joyeuse à l'aube des années de guerre, l'aventure des cinq ex-chômeurs s'achève de manière bien triste pour la plupart d'entre eux.
À la sortie du film, l'histoire se concluait même sur un crime passionnel mais le public bouda cette fin trop noire où l'égoïsme des passions balaie les idéaux fraternels, imaginée par le scénariste Charles Spaak. Les producteurs exigèrent le tournage d'une fin plus optimiste, ce qui ne sauva pas la carrière commerciale du film. Il est devenu un classique après la guerre, grâce à la télévision où il était souvent montré avec les deux fins. Mais c'est la première, la plus sombre, qui convient le mieux à l'histoire et qui, en outre, contribue le mieux à la légende tragique d'homme du peuple de Gabin.

À ne pas manquer, dans le rôle de l'un des autres ouvriers, Raymond Aimos, l'un des acteurs de caractère les plus populaires du cinéma d'avant-guerre, qui tombe du toit le jour même de l'inauguration de la guinguette...

Par Antoine Sire

Publié le Samedi 15 octobre 2016.
Beatrice Billon
Nino Franck, Viviane Romance, Charles Vanel, Front Populaire, Cinéma, Paris, Marne, Julien Duvivier, La belle équipe, Festival Lumière, Jean Gabin, Charles Spaak
Le film
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LA BELLE ÉQUIPE

de Julien Duvivier

1936

Avec : Jean Gabin, Charles Vanel, Raymond Aimos, Charles Dorat, Raphaël Médina, Micheline Cheirel, Viviane Romance, Fernand Charpin

Scénariste : Charles Spaak et Julien Duvivier

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