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Gabin et Bourvil sous l'occupation dans La Traversée De Paris

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En 1956, âgé de 52 ans, Jean Gabin n'en n'a pas tout à fait fini avec les personnages d'hommes amoureux, et Claude Autant-Lara surprend en le recrutant pour un rôle qui n'a rien de sentimental : celui de Grandgil, peintre de Montmartre, intellectuel cynique et joueur, qui se retrouve embarqué par hasard pour une Traversée de Paris nocturne avec Martin, un ancien chauffeur de taxi au chômage. Les deux hommes vont transporter des valises remplies de porc, pour le marché noir. Grandgil se caractérise par un anarchisme et une franchise ravageurs, qui le conduisent à se dresser contre la lâcheté et l'hypocrisie de son temps. Parfaitement à l'aise dans ce personnage, Gabin s'acharne contre Louis de Funès, incarnation du petit trafiquant cupide, en hurlant : « Jambier ! 45 rue Poliveau ». Sa colère, restée mythique, préfigure les nombreux emportements qui feront la gloire de l'acteur dans la dernière partie de sa carrière. Le jury du Festival de Venise sera un peu déboussolé par cette interprétation formidable et accordera le prix du meilleur acteur à Bourvil, dont la performance est également excellente mais moins inattendue, en homme du peuple déboussolé. Marcel Aymé, auteur de la nouvelle (figurant dans le recueil Le vin de Paris) avait détesté l'adaptation du Passe-Muraille faite avec Bourvil, et s'opposa à son recrutement pour le film. Autant-Lara dut diminuer son budget de 50% et renoncer à la couleur, en échange d'une liberté totale sur la distribution. Plus tard, l'écrivain reconnut que cette adaptation était la meilleure jamais faite d'un de ses romans. Pourtant, la fin du film est nettement moins sombre que celle du texte original, dans laquelle Martin finit par se rebeller contre Grandgil et le tue. 

Moins de douze ans après la fin de la guerre, il fallut une véritable audace à Claude Autant-Lara pour oser évoquer des situations que beaucoup de parisiens, ni résistants ni collabos mais cherchant à ravitailler leur famille, avaient bien connues. La scène qui est censée se dérouler au 45, rue Poliveau, dans le 5ème arrondissement, à bien été filmée pour partie dans cette rue... mais au numéro 13. Ce qui n'empêche pas le café aujourd'hui situé au 45, que nous vous avons présenté ici, de s'appeler La traversée de Paris et de jouer judicieusement sur la notoriété du film ! 

François Truffaut, alors critique pour le magazine Arts et habituellement peu charitable avec le cinéma d'Autant-Lara, en dit cette fois le plus grand bien, tandis qu'André Bazin, fondateur des Cahiers du cinéma, souligne les mérites de ce Gabin inattendu, qui surprend le public autant que le pauvre Bourvil. Autant-Lara retrouvera Gabin en 1958 pour En cas de malheur, le dernier film où il fait le joli cœur (avec Brigitte Bardot !) et le réalisateur abordera encore le sujet des trafics de l'occupation dans Les Patates (1969) avec Pierre Perret.  

Par Antoine Sire

Publié le Dimanche 5 avril 2015.
Beatrice Billon
75005, Traversée de Paris, Festival de Venise, Jambier, Grandgil, Marcel Aymé, Antoine Sire, Claude Autant-Lara, Cinéma, Paris, Adresse de tournage, Tournage, Lieux de tournage, Lieu de tournage, rue René Poliveau, Bourvil, Jean Gabin, Louis De Funès, François Truffaut, Brigitte Bardot

Brasserie La Traversée de Paris

45 rue Poliveau 75005 Paris

Le film
Affiche Traversee Paris Cinema

LA TRAVERSÉE DE PARIS

de Claude Autant-Lara

1956

Avec : Bourvil, Jean Gabin, Louis de Funès, Bernard La Jarrige, Georgette Anys, Germaine Delbat, Jacques Marin, Jean Dunot, Jeannette Batti, Laurence Badie.

Scénariste : Jean Aurenche et Pierre Bost

Producteur : Henry Deutschmeister

Distribution : Gaumont Distribution

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