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Danièle Delorme manipule Gabin aux Halles dans Voici le temps des assassins

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Avant de devenir réalisateur, François Truffaut s'est rendu célèbre comme critique, publiant en janvier 1954 dans Les Cahiers du Cinéma un article devenu notoire où il dénonçait le "cinéma français de qualité" et le "réalisme psychologique" qui dominait la production hexagonale de l'après-guerre, à laquelle Jean Gabin était souvent associé. Mais en 1956, il prenait la plume pour célébrer Voici le temps des Assassins, film du vieux routier Julien Duvivier avec Gabin dans un rôle de patron de café des Halles franc et paternaliste. "De tous les films de Duvivier, Voici le temps des assassins me semble le meilleur, celui dans lequel on peut sentir dans tous les éléments : scénario, mise en scène, jeu, photo, musique, etc... un contrôle qui est celui d'un cinéaste parvenu à une totale sûreté de lui-même, et de son métier". Il est vrai que l'histoire de Voici le temps des assassins est co-signée de Maurice Bessy, lui-même critique et fondateur de Cinémonde, qui a eu à cœur d'écrire une histoire dont la noirceur transcende toute appartenance à un courant où à une époque.

C'est Duvivier qui, avec Pépé le Moko en 1937, avait fait de Gabin une star mondiale. Voici le temps des assassins est la septième et dernière collaboration de l'acteur et du metteur en scène. Mais le personnage le plus étonnant n'est pas tant celui de Gabin, parfait c'est à dire égal à lui-même, que celui de Danièle Delorme. La jeune actrice incarne Catherine, apparemment facétieuse et délicate, qui va s'avérer en fait une garce d'anthologie, manipulant autant le patriarche que son jeune protégé incarné par Gérard Blain (qui sera deux ans plus tard Le beau Serge pour Claude Chabrol.) "Je crois que nous sommes entourés de monstres comme ça. On n'a qu'à lire les journaux, c'est quelque chose d'effrayant. Je crois que nous sommes comme ça depuis vingt ans, nous sommes au temps des assassins. Nous sommes absolument entourés de monstres et je connais, moi, des jeunes filles qui sont exactement pareilles au personnage de Catherine, je crois avoir fait quelque chose de violent, mais tout à fait logique", déclarait Duvivier lors de la sortie du film.

Elle apitoie et séduit Gabin en lui faisant croire que sa mère (qui avait été sa première épouse) est morte alors qu'elle est droguée mais bien vivante, sous les traits de Lucienne Bogaert, plus vraie que nature dans ce rôle de femme ravagée et malfaisante. L'autre vedette du film, c'est bien entendu Paris et plus particulièrement le quartier des Halles, grande source d'inspiration pour le cinéma avant le déménagement du marché à Rungis. Une partie des extérieurs sont tournés en décors naturels, mais les images les plus spectaculaires montrant l'animation de jadis ont été tournées dans des Halles magistralement reconstituées aux Studios de Boulogne par Robert Gys avec une photographie signée du légendaire Armand Thirard.

Par Antoine Sire

Publié le Mardi 22 septembre 2015.
Beatrice Billon
Julien Duvivier, Danièle Delorme, Jean Gabin, Cinéma, Paris, les Halles, Film culte, Film, Antoine Sire, 1937
Le film
Affiche Voici Temps

VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS

de Julien Duvivier

1956

Avec : Jean Gabin, Danielle Delorme, Gérard Blain, Lucienne Bogaert, Germaine Kerjean

Scénariste : Julien Duvivier, Maurice Bessy, Charles Dorat, Pierre-Aristide Bréal

Producteur : Georges Agiman

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