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Danielle Darrieux et Ginger Rogers à l’école des pickpockets de Paris, dans Battement de cœur et Heartbeat.

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Voici un film, ou plutôt deux, qui sont un peu oubliés mais dont le charme poétique fait qu’ils ont toute leur place dans Paris fait son cinéma : Battement de cœur, d’Henri Decoin (1940), et son remake Heartbeat, de Sam Wood (1946). Les deux films racontent la même histoire, celle d’Arlette, une pauvre orpheline en fugue, qui se retrouve sans un sou à Paris et fréquente l’ « Ecole professionnelle » de Monsieur Aristide. Or cette école enseigne un métier typiquement parisien qui, de nos jours encore, fait fureur aux heures de pointe dans le métro : celui de Pickpocket. Chez Monsieur Aristide, on apprend aux élèves à insinuer furtivement leur main dans la poche des victimes, mais aussi à mentir le plus efficacement lorsqu’ils sont pris la main dans le sac… Bientôt des circonstances abracadabrantes entraîneront Arlette dans un monde de diplomates distingués et, après moult péripéties, elle finira par épouser le plus charmant d’entre eux. Dans le film français original, la jeune femme est incarnée par une Danielle Darrieux au sommet de sa gloire, tandis qu’à Hollywood, le rôle échoit à une Ginger Rogers qui en avait fini de sa grande période avec Fred Astaire, mais dont la carrière en solo lui valut tout de même un Oscar pour Kitty Foyle en 1940. Le rôle du beau diplomate est tenu respectivement par Claude Dauphin et par Jean-Pierre Aumont, qui eut une solide période hollywoodienne. Dans une scène charmante, l’homme retrouve Arlette transformée en jeune femme du monde, qui chante Charade, de Paul Misraki. Les deux versions de cette scène sont très semblables, sinon que Danielle Darrieux lascivement allongée dévoile des jambes somptueuses tout en caressant un caniche, alors que chez Ginger Rogers, si le caniche est toujours présent, la caméra maintient sagement hors du cadre les atours de l'actrice. L’original d’Henri Decoin combine l’impertinence française et le rythme des meilleures comédies américaines : une performance que le remake du vieux routier Sam Wood est loin d'atteindre. Bien que Basil Rathbone, rendu célèbre par son interprétation de Sherlock Holmes, soit un intéressant Monsieur Aristide dans la version américaine, rien ne peut égaler la composition de Saturnin Fabre, lorsqu’il donne à Danielle Darrieux son brevet de pickpocket et de Parisienne, en lui déclarant : « Je n’ai jamais vu un visage aussi pur, des yeux aussi candides et un air aussi innocent ».

Par Antoine Sire

 
Publié le Mardi 4 mars 2014.
Beatrice Billon
Le film
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BATTEMENT DE CŒUR

de Henri Decoin

1940

Avec : Danielle Darrieux, Claude Dauphin, Saturnin Fabre, Jean Tissier et André Luguet

Scénariste : Jean Vilerne et Max Kolpé, dialogues de Michel Duran

Producteur : Ciné-Alliance

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