Accueil > Les classiques > Christine Pascal, pourchassée sous l’occupation dans Les Guichets du Louvre

Christine Pascal, pourchassée sous l’occupation dans Les Guichets du Louvre

  • Christine

Pendant sa courte vie, Christine Pascal eut le temps d’être une grande actrice et, plus encore, une réalisatrice de talent dont le film le plus célèbre, Le petit prince a dit, est un véritable chef d’œuvre. Elle a été découverte par Bertrand Tavernier, lyonnais comme elle, qui lui a permis de débuter à 19 ans dans L’horloger de Saint-Paul, sorti début 1974. Aussitôt après, cette brune aux yeux bleus profonds, dont le visage délicat laisse percer une subtile violence intérieure, est choisie pour occuper le haut de l’affiche dans Les guichets du Louvre. Ce film de Michel Mitrani est le premier consacré à la rafle du 16 juillet 1942, connue sous le nom de Rafle du Vel d’Hiv car c’est dans ce temple du sport cycliste que furent détenus la majorité des 13 000 juifs arrêtés avant leur tragique déportation vers le camp d’Auschwitz. Christine Pascal incarne le personnage tourmenté d’une jeune juive qu’un garçon à peine plus âgé qu’elle (Christian Rist) est décidé à sauver malgré ses réticences. Ils errent à travers les rues et les ruelles du 3e et du 4e arrondissement, pour tenter d’atteindre la rive gauche de la Seine, supposée plus sûre. Entourés d’une population quelquefois impuissante et le plus souvent indifférente au drame qui se joue, les policiers Français se laissent conduire sans états d’âme par des autobus sur les lieux de leur sinistre besogne. Dans leur fuite, les deux personnages se font passer pour des amoureux, et peu à peu une idylle se fait jour. La reconstitution historique – des lieux comme des tenues, des coiffures, des attitudes - est aussi scrupuleuse que poignante, soulignée par la teinte sépia de la photographie. Tant Christian Rist (qui quittera bientôt le cinéma et deviendra un metteur en scène et acteur de théâtre reconnu) que Christine Pascal donnent à leur rôle émotion et sincérité. Le réalisateur Michel Mitrani, juif d’origine roumaine ayant été un talentueux pionnier de la télévision française, avait perdu une partie de sa famille à Auschwitz. Pourtant, alors que Louis Malle réalisait l’amer Lacombe Lucien et que Marcel Ophuls mettait les français devant les fantômes de l’occupation dans Le chagrin et la pitié, cette presque Love story avec pour toile de fond l’horreur de la rafle fut assez vite oubliée malgré un accueil globalement positif de la critique.

Pascal Christine Portret 4967574
Les guichets du Louvre sont tirés d’un récit de Roger Boussinot, que les cinéphiles connaissent bien pour sa monumentale encyclopédie consacrée au 7e art. Dans son article From the Page to the Screen : Michel Mitrani's "Les Guichets du Louvre", l’universitaire américain Andrew Sobanet rappelle que le récit initial de Boussinot est inspiré d’événements vraiment vécus par l’auteur, alors « jeune garçon qui n’avait pas vingt ans ». Le personnage du livre, initialement décidé à sauver une vie dans des circonstances dont il a compris tout le tragique, ressent une impuissance croissante face aux difficultés rencontrées. Narration de la rafle du 16 juillet 1942, l’ouvrage est aussi le récit d’un basculement dans la résignation, qui taraudera son auteur pendant près de vingt ans : Les guichets du Louvre est sorti en librairie en 1960. « Si Mitrani avait maintenu l’accent sur la critique de la police de Vichy et avait dépeint l’angoisse et le conflit émotionnel du personnage de Boussinot, son récit détaillé de la rafle aurait sans doute laissé dans les mémoires la trace plus durable qu’il mérite », écrit Andrew Sobanet.

 

Les Guichets du Louvre (1974) de Michel Mitrani

Scénario d’Albert Cossery d’après le récit de Roger Boussinot

 

Avec : Christian Rist, Christine Pascal, Judith Magre, Alice Sapricht, Michel Auclair, Michel Robin, Henri Garcin

 

---------------------

Connaissez-vous La Box Fait Son Cinéma ? Découvrez-la ici

Footer Article 640

Publié le Vendredi 10 février 2017.
Shoreh Belfond
Les derniers articles
americain paris cinema 5
Les Classiques Voir tous

Gene Kelly et Leslie Caron dans la ville rêvée d'Un Américain à Paris

Arthur Freed, responsable des comédies musicales à la MGM, demanda un jour à Ira Gershwin l'autorisation de produire un film reprenant le titre « Un a...

10
Les Classiques Voir tous

1998 : Benigni vole la vedette à Theo Angelopoulos

Grand cinéaste qui mêlait dans de longues fresques contemplatives le passé des peuples, généralement balkaniques, et le présent de ses personnages, le...

O PULP FICTION CANNES 1994 Facebook
Les Classiques Voir tous

1994 : la révolution Tarantino déferle sur Cannes

Il y a des années où le Festival de Cannes fourmille de films attendus, et ou la Palme d’or revient pourtant à une oeuvre que personne n’espérait. C’e...