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Catherine Deneuve révélée à Cherbourg par les Parapluies

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Cet été, Paris Fait son cinéma vous propose un petit périple sur les traces de l'une des plus grandes actrices de notre pays, Catherine Deneuve. Cette promenade ne pouvait naturellement débuter que par Cherbourg !

Fille d'une marchande de parapluies (Anne Vernon), Geneviève (Catherine Deneuve) est amoureuse de Guy (Nino Castelnuovo). Malgré la naissance d'un enfant, cette passion ne pourra résister ni à la Guerre d'Algérie, ni aux pressions de la mère de Geneviève, qui a des ennuis d'argent et rêve de voir sa fille épouser un diamantaire (Marc Michel).

Avec Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy capture l'âme d'une France étouffée entre ses traditions et une actualité tragique, tout en inventant un genre nouveau qui annonce l'éclosion de libertés nouvelles : le film chanté. Avec son compère Michel Legrand, auteur d'une des plus belles partitions romantiques de l'histoire du cinéma, il découpe l'histoire en "mouchoirs", autrement dit en séquences dont le paroxysme déclenchera presqu'immanquablement les larmes du spectateur. Paradoxalement, les couleurs acidulées dues au décorateur Bernard Evein contribuent à rendre poignante et édifiante une histoire somme toute banale.

Il a fallu pour le produire surmonter bien des réticences et des doutes, à commencer par ceux de Georges de Beauregard, le producteur d'A bout de Souffle, qui n'a pas eu le même flair que pour le film de Godard. C'est finalement l'enthousiasme de la productrice Mag Bodard qui a permis au film de se faire, en grapillant divers emprunts et subsides et avec une petite participation de studios étrangers dont la Fox américaine.  Dans son livre d'entretiens avec Philippe Martin, Mag Bodard raconte : "C'était vraiment plus qu'artisanal, c'était rêvé, c'était un film rêvé ! Je l'ai réussi parce que j'aimais ce film et que je l'ai tenu dans mes mains financièrement". Le film remporte le prix Louis-Delluc en1963, la Palme d'or au festival de Cannes de 1964 et connaîtra un immense succès populaire ainsi que de multiples adaptations à la scène, y compris à Broadway.

Mais Les Parapluies de Cherbourg, c'est avant tout le premier grand film à reposer sur les épaules de Catherine Deneuve, alors âgée de vingt ans. "Il est impossible, retrospectivement, d'exprimer quelle aventure extraordinaire a été ce film", racontait la star vingt ans après son tournage. "Le nombre de problèmes techniques qu'il posait était assez incroyable, avec ces musiques préenregistrées, ce travail en play-back et la minutie dans la préparation et la réalisation qu'impliquait tout cela. J'ai toujours pensé que le résultat tenait du miracle". Un miracle en grande partie dû à la personnalité ambiguë de l'actrice vedette, prise entre les bonnes raisons du cœur et les mauvaises raisons de l'obéissance. Et aussi à la symbiose entre son visage diaphane et la voix de Danielle Licari, qui assure son doublage pendant tout le film.  Cette chanteuse à la voix cristalline se fera aussi connaître dans les années 1970 en enregistrant le Concerto pour une voix de Saint-Preux, où sa tessiture est utilisée à la façon d'un instrument de musique. La magie du doublage permet aussi de recourir, pour des rôles clé dans cette histoire bien française, au grand acteur italien Nino Castelnuovo et à la charmante actrice Allemande Ellen Farner.

Par Antoine Sire

Publié le Mercredi 27 juillet 2016.
Beatrice Billon
Le film
Affiche Parapluies De Cherbourg

LES PARAPLUIES DE CHERBOURG

de Jacques Demy

1964

Avec : Catherine Deneuve, Nino Castelnuovo, Anne Vernon, Mireille Perrey, Marc Michel, Ellen Farner

Scénariste : Jacques Demy

Producteur : Mag Bodard

Distribution : Ciné-Tamaris

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