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Bertrand Tavernier filme le quotidien de policiers parisiens dans L.627

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En 1992, Bertrand Tavernier réalise l’un des premiers films réalistes montrant la vie d’une brigade de police. Il a depuis servi de modèle à de nombreuses séries policières. Le paradoxe est qu’à l’époque la plupart des chaînes de TV sollicitées pour produire L.627 reculèrent devant l’un des parti-pris du réalisateur, celui de raconter une histoire sans vedettes. Mais il fit appel à une pléïade d’excellents comédiens venus pour la plupart du théâtre, que ce film contribuera à révéler au grand public : Didier Bezace, Philippe Torreton, Jean-Roger Milo, Jean-Paul Comart… ainsi que Charlotte Kady, alors plus connue comme animatrice de TV. Figure aussi dans la distribution Nils Tavernier, qui avait attiré l’attention de son père sur l’intérêt du sujet.

L.627 (ce titre est tiré d’un article du Code de la santé publique interdisant la consommation et le trafic de stupéfiants) permet de suivre le travail d’un policier très investi (Didier Bezace). Il est en butte au manque de moyens, à la bureaucratie que génère l’institution policière et à l’incompétence de certain de ses collègues. Muté suite à une altercation avec son chef, il rejoint une entité logée dans de rudimentaires baraques de chantier, chargée de lutter contre le trafic de stupéfiants à Paris… Le film est réalisé avec un réalisme méticuleux. Le ministre de l’Intérieur de l’époque reprochera au réalisateur d’avoir noirci le tableau ! Mais pendant plusieurs mois Bertrand Tavernier a accompagné son co-scénariste Michel Alexandre, lui même policier, sur les lieux de son travail. Le commissaire Philippe Vénère laisse Bertrand Tavernier et son décorateur Guy-Claude François observer le son unité de police : basée rue de Courcelles dans des baraques de chantier, c’est elle qui servira de modèle pour le film. Une partie de l’action se déroule aussi dans les « soums », les Sous-Marins, c’est à dire les camionnettes banalisées depuis lesquelles la police mène des filatures. Une arrestation sera filmée Place des Fêtes sans même avertir les passants !

L.627 montre quelques-uns des quartiers les plus "difficiles" du Paris du début des années 1992 - la rue Myrrha, la rue d’Aubervilliers…- rythmé par la musique tendue de Philippe Sarde qui renforce l’impression de réalité. Pendant le tournage sur les boulevards Nord des maréchaux, alors haut lieu de la prostitution, "La chienne de la directrice de production avait des préservatifs plein les pattes", raconte Bertrand Tavernier. On voit aussi des lieux plus "calmes" comme le cimetière du Père-Lachaise, le lycée Camille Sée (beau bâtiment 1920 situé rue Léon Lhermitte dans le XVème arrondissement) ou la station de métro Filles du Calvaire. Un soin particulier est apporté aux scènes nocturnes et contribue à donner à ce film une ambiance à la fois authentique et déjà "vintage", comme l’explique le réalisateur : "Nous avions décidé, avec le Chef Opérateur Alain Choquart, d’adopter des partis pris très colorés, de se dire qu’à Paris les nuits n’étaient pas bleues, que l’éclairage au sodium les marquait et les colorait toujours en orange."

Par Antoine Sire

Publié le Lundi 26 octobre 2015.
Beatrice Billon
Bertrand Tavernier, Classiques, Cinéma, Paris
Le film
Affiche L627

L.627

de Bertrand Tavernier

1992

Avec : Didier Bezace , Jean-Paul Comart , Charlotte Kady, Jean-Roger Milo, Nils Tavernier, Philippe Torreton, Lara Guirao, Cécile Garcia-Fogel, Claude Brosset, Smaïl Mekki

Scénariste : Michel Alexandre et Bertrand Tavernier

Producteur : Alain Sarde

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