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Arletty, Marie Bell et Edith Piaf dans le Paris nocturne de La Garçonne

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Publié en 1922, La Garçonne de Victor Margueritte fut le grand roman des années folles en France. 

Une jeune femme, destinée par ses riches parents à un fiancé qui la trompe, décide de mener à son tour une vie de plaisirs, collectionnant les partenaires des deux sexes. Le scandale fut tel que Victor Margueritte fut déchu de sa légion d’honneur !
La première adaptation du roman au cinéma (1923) fut censurée en raison de la représentation de l’homosexualité féminine mais aussi de la drogue. En 1936, Jean de Limur réalisa une deuxième version, sur laquelle il parvint à échapper aux ciseaux de la censure. L’adaptation est signée d’Albert Dieudonné, celui-là même qui fut l’Empereur dans le mythique Napoléon d’Abel Gance.
Comme le souligne Paul Vecchiali dans son Encyclopédie : "L’histoire n’est pas si édulcorée qu’on l’a dit et les scènes de « débauche », suggestives, sont néanmoins explicites".
La jeune fille de bonne famille qui découvre le monde nocturne et les fumeries d’opium est interprétée par Marie Bell. Elle croise sur sa route des hommes (Régis Boisselot, Georges Blanchet), mais ce sont ses rencontres féminines qui donnent au film son parfum de scandale. L’héroïne est entretenue par une étonnante Arletty teinte en blonde, et suscite la convoitise de deux chanteuses.
L’une est incarnée par Suzy Solidor, alors une immense vedette du music hall, que l'on voit au cabaret La vie parisienne de la rue Saint-Anne. Sa rengaine est remplie d'invitations comme "La vie est un feu de paille, prends le plaisir quand il vient".
Quant à l’autre, il s'agit d'une jeune artiste de 20 ans du nom d’Edith ("la môme") Piaf ! Sa chanson met sur le même plan la drogue "Je préfère la promesse des paradis artificiels" et le désir saphique : "Mes sens inapaisés, cherchant pour se griser, l'aventure des nuits louches, apportez-moi du nouveau…". 

Le metteur en scène Jean de Limur avait déjà un solide métier et s’était confronté, dès ses débuts, à Hollywood qu’il avait rejoint après la première guerre mondiale. Il y avait notamment tourné la première version de La Lettre, film dont le remake sera l’un des plus grands succès de Bette Davis.
Limur, qui était le gendre du grand chanteur d’opéra Chaliapine, quitta le monde du cinéma en 1944 après s’être compromis avec l’Italie fasciste et mourut en 1976, à l’âge de 88 ans, après s’être reconverti en cadre dans l’industrie automobile.

La Garçonne est diffusé le jeudi 3 décembre 2015 à 20h au cinéma Le Brady, 39 boulevard de Strasbourg, projection suivie d’un débat avec Anne Delabre dans le cadre du "ciné-club mensuel du 7ème genre". La dernière adaptation de La Garçonne, réalisée en 1957 par Jacqueline Audry avec Fernand Gravey et Andrée Debar, mériterait aussi d’être redécouverte.

Par Antoine Sire

Publié le Lundi 30 novembre 2015.
Beatrice Billon
Le film
Affiche Garconne

LA GARÇONNE

de Jean de Limur

1936

Avec : Arletty, Marie Bell, Suzy Solidor, Edith Piaf, Marcelle Praince, Jaque-Catelain, Régis Boisselot, Georges Blanchet

Scénariste : Adapté par Albert Dieudonné du roman La Garçonne de Victor Margueritte

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