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1987 : Le poing levé de Maurice Pialat

  • Sous Le Soleil De Satan De Maurice Pialat Sandrine Bonnaire Et Depardieu

En 1987, Maurice Pialat, grand metteur en scène au caractère notoirement difficile, va réussir par sa mauvaise humeur à transformer en scandale une Palme d’or qui lui est décernées sous quelques sifflets mais beaucoup d’applaudissements. Quinze ans plus tôt, Pialat avait annoncé la couleur avec Nous ne vieillirons pas ensemble, un film assez autobiographique dans lequel un Jean Yanne plus vrai que nature incarnait l’amant invivable de Marlène Jobert. Ce film avait valu le prix d’interprétation masculine à Yanne, mais Maurice Pialat, malgré le César du meilleur film obtenu en 1983 pour A nos amours, persistait à se considérer comme mal aimé. C’est donc un Yves Montand légèrement tendu dans son smoking de Président du jury, qui annonce que la palme d’or est décernée à l’unanimité à Sous le soleil de Satan. Face à la réaction contrastée du public, qui attendait plutôt Les ailes du désir de Wim Wenders, Catherine Deneuve prend la parole pour vanter l’intelligence de Pialat.

Mais le réalisateur, loin de jouer l’apaisement, choisit d’exprimer sa colère : « Je ne vais pas faillir à ma réputation, je suis surtout content ce soir pour tous les cris et les sifflets que vous m’adressez. » Et d’ajouter, tout en levant le poing « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Dans l’émission télévisée qui suit la remise des trophées, Pialat en remet une couche au micro de William Leymergie, suscitant l’approbation timide d’un Gérard Depardieu juvénile : « Ce sont des crétins, des sales gens, il faut le dire, on ne dit jamais rien en France » s’exclame Pialat. Daniel Toscan du Plantier, le producteur du film, félicite le jury pour son courage, mais décoche une flèche à Robert Chazal, le vieux critique de France Soir, qui n’a pas aimé le film. Le film ? Une austère et sublime adaptation du roman éponyme de George Bernanos, racontant la rencontre tragique entre un abbé tourmenté que joue Gérard Depardieu et une jeune fille à la dérive incarnée par Sandrine Bonnaire. Trente ans après la Palme d’Or, Sous le Soleil de Satan divise encore, entre des partisans éblouis par son ambiance mystique et intrigante, et des détracteurs déçus par son hermétisme et sa lenteur. Mais Pialat peut se vanter d’avoir donné un coup de pied dans la fourmilière dont Cannes se souvient encore !

 

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Publié le Vendredi 26 mai 2017.
Shoreh Belfond
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