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1973 : Le scandale de La grande bouffe

  • 001 Catherine Deneuve And Marcello Mastroianni Theredlist

Cinq ans après le mouvement de mai 68 qui a violemment critiqué la société de Consommation, le Festival de Cannes 1973 secoue la torpeur de la France Pompidolienne. La sélection Française ne manque déjà pas de piquant avec La Maman et la Putain, manifeste post soixante-huitard de Jean Eustache qui deviendra « culte », ou La planète sauvage de René Laloux, magnifique dessin animé de science-fiction qui est une réflexion poétique et profonde sur les rapports de domination entre les espèces.

Mais c’est La Grande Bouffe, de Marco Ferreri, qui fait l’événement en montrant un groupe d’hommes ayant décidé de se suicider en mangeant jusqu’à ce que mort s’ensuive, avec toutes les conséquences peu ragoutantes que chacun peut imaginer, et dont aucune ne sera épargnée au spectateur ! Et loin d’être incarnés par des anonymes, ces hommes sont joués par quelques-uns des plus grands acteurs du moment : Marcello Mastroïanni, Philippe Noiret, Michel Piccoli et Ugo Tognazzi, accompagnés par la pulpeuse Andréa Ferréol, qui n’est autre que l’arrière-petite fille du grand poète de la provence, Frédéric Mistral. « On s’habitue à tout », lance, désabusé, le présentateur du journal télévisé, pour résumer son malaise face au scandale, mais aussi aux quelques applaudissements, déclenchés par la projection du film. Une spectatrice quinquagénaire s’exclame pour sa part, outrée, devant les caméras : « et ça gagne du pognon, ça, sur le dos du pauvre populo ». Marcello Mastroianni et Michel Piccoli font courageusement front devant ceux qui leur reprochent leur audace, réconfortés par leurs compagnes respectives Catherine Deneuve et Juliette Greco. Marco Ferreri fait l’exégèse de son film en expliquant qu’il s’agit d’une œuvre physiologique plutôt que psychologique. Ingrid Bergman, la Présidente du festival habituée aux austères manifestes de son ex-mari roberto Rossellini, se pince le nez. Pendant plusieurs mois, Piccoli et Noiret se verront interdire l’accès à des restaurants ! Mais La Grande bouffe repartira quand même de Cannes avec le Prix de la Critique internationale, en ayant gagné non pas ses galons de chef d’œuvre, mais au moins son statut de film-culte, représentatif d’une époque où la provocation était encore un art et où elle avait encore un sens.

 

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Publié le Lundi 22 mai 2017.
Shoreh Belfond
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