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1946, les yeux de Michèle Morgan brillent sur le premier festival de Cannes

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En 1946, pour ce premier vrai festival de Cannes, les étendards des Dix-neuf nations participantes flottent sur la croisette. Les festivaliers visionnent à l’époque les films dans la grande salle du Casino, où 900 fauteuils ont été installés. On remarque l’arrivée en force du cinéma des Etats-Unis, qui viennent d’effacer la dette de la France en échange de diverses concessions commerciales dont la libre circulation de leurs films dans l’Hexagone. Ce sont les jardiniers municipaux de la ville de Cannes qui sont chargés de classer les bobines des films en compétition... et leurs erreurs pendant les projections des Enchaînés d’Hitchcock et d’un film soviétique seront à deux doigts de créer un incident diplomatique. Finalement le palmarès assez international met du baume sur les plaies. Le tournant décisif, film de guerre soviétique, obtient un Grand Prix tandis que pour les Etats-Unis, Le Poison de Billy Wilder et son acteur Ray Milland sont récompensés. 

Ce premier festival honore aussi quelques-uns des jeunes réalisateurs qui s’apprêtent à devenir les porte-drapeaux du cinéma Européen, comme l’italien Roberto Rossellini, pour Rome Ville Ouverte, et l’anglais David Lean, pour Brève Rencontre. Même la Suisse obtient un prix, pour un grand film humaniste injustement oublié aujourd’hui, La dernière chance de Léopold Lindtberg. La sensation Française viendra de La Symphonie Pastorale, de Jean Delannoy. Adapté du futur prix Nobel André Gide, ce film solennel et enneigé bénéficie d’un scénario solide, œuvre de ces deux piliers de la qualité française que sont Jean Aurenche et Pierre Bost. Mais Il brille d’abord par l’interprétation des plus beaux yeux du cinéma Français, ceux de Michèle Morgan, qui incarne paradoxalement une aveugle, couvée par un pasteur que joue l’austère Pierre Blanchar. C’est le retour triomphal en France de celle qui s’est imposée avant-guerre dans Le Quai des Brumes, puis s’est exilée aux Etats-Unis sans grand succès malgré un film avec Bogart. Dans ses mémoires, Michèle Morgan jette un regard amusé sur le rituel de ce premier festival : « Une limousine noire avec chauffeur et motard d’escorte en tenue numéro 1 s’arrête devant le perron du Carlton pour me conduire, quelques mètres plus loin, au Palais du Festival. Je trouve cela plutôt comique (...) ce trajet me rappelle le gag de Buster Keaton, à Monte Carlo, prenant une Rolls décapotable pour aller de l’Hôtel de Paris au Grand casino séparés par vingt mètres ».

Pour ce festival de Cannes 1946, plusieurs stars ont été déposées à Cannes par l’hydravion géant Latécoère 631, fleuron de l’industrie Française dont cinq exemplaires sur 10 seront bientôt à l’origine de catastrophes aériennes. Mais même si Michèle Morgan, jouera dans plusieurs mélodrames montrant les dangers de l’aviation, elle préférera toujours le train pour se rendre à Cannes, comme lors du Festival 1996 où elle viendra fêter le cinquantenaire de son prix d’interprétation et où une foule de paparazzi l’attendra à la gare. Entretemps, celle qui vient de nous quitter à l’âge de 96 ans aura présidé le jury du Festival 1971, année où la Palme d’or décernée au Messager de Joseph Losey fait elle aussi partie des grands moments de l’Histoire de Cannes !

 

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Publié le Lundi 15 mai 2017.
Shoreh Belfond
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