Accueil > Les classiques > 1946, le premier Festival de Cannes célèbre Michèle Morgan dans La Symphonie Pastorale

1946, le premier Festival de Cannes célèbre Michèle Morgan dans La Symphonie Pastorale

  • Symphonie Pastorale Paris Fait Son Cinema Morgan Cannes

Au moment de la défaite française de 1940, Michèle Morgan rejoint Hollywood. Elle y reste pourtant près de deux ans sans tourner, son niveau d'anglais la privant du rôle auprès de Cary Grant dans Suspicion (Soupçons, 1941) d'Alfred Hitchcock. Elle voit également lui échapper le rôle qui sera dévolu à Ingrid Bergman dans Casablanca (1944), mais son premier film américain, Joan of Paris (Jeanne de Paris, 1942), aujourd'hui oublié, est un succès. Elle incarne une serveuse de café qui ira jusqu'à sacrifier sa vie pour aider Paul Henreid (le Victor Laszlo de Casablanca !), dans le rôle d'un pilote des Forces Françaises Libres, à échapper aux Allemands. Le réalisateur Robert Stevenson s'attache à montrer une Morgan la plus proche possible de celle de Quai des brumes... au détail près de sa poitrine, abondamment rembourrée pour l'occasion.

Elle est particulièrement ravissante et pétillante, en domestique embarquée dans une tentative d'imposture, dans Higher and Higher (Amour et Swing, 1943) de Tim Whelan. Elle chante et danse avec une aisance étonnante dans ce film, également connu pour être le premier où Frank Sinatra joue un rôle significatif. Elle joue ensuite aux côtés d'Alan Curtis dans Two Tickets to London (Rencontre à Londres, 1943) d'Edwin L. Marin, avant d'apparaître dans Passage pour Marseille (1944) de Michael Curtiz. Mais la présence de l'actrice française se limite à un épisode romantique au milieu du film et à de courtes apparitions au début et à la fin. Curieusement, la caméra de Michael Curtiz et du grand chef opérateur James Wong Howe semble peiner un peu à offrir au magnifique visage de Michèle Morgan les angles les plus flatteurs.

En 1946, elle joue dans The Chase (L'Évadée), film noir à l'ambiance surréaliste tiré de d'un roman de Cornell Woolrich. Michèle Morgan y incarne la captive, certes somptueuse mais un peu inerte, d'un caïd de la pègre (Steve Cochran) auquel elle tente d'échapper avec l'aide de son chauffeur (Robert Cummings).

A l'issue de ce film, la star française estime qu'elle n'est pas à sa place à Hollywood, d'autant qu'elle connaît un succès immédiat pour son retour en Europe avec La symphonie Pastorale, de Jean Delannoy d'après André Gide, qui lui vaut le Prix d'interprétation au premier Festival de Cannes.

Dans le décor de montagnes d'un humble village Suisse, Morgan incarne Gertrude, une jeune aveugle à demi-sauvage, recueillie par un pasteur (Pierre Blanchar). Elle retrouvera la vue grâce à une opération et deviendra la plus désirable jeune fille du village, mais le pasteur éprouve pour elle un impossible amour et la tragédie rôde, d'autant que son rival n'est autre que son propre fils (Jean Desailly). Lorsque Gertrude, encore aveugle, a demandé au Pasteur si elle était jolie (et Dieu sait si elle l'est), l'homme d'église lui a pourtant indiqué que la beauté des âmes était son seul souci... Adapté à l'écran par le talentueux duo Jean Aurenche et Pierre Bost, ce film traitant de questions morales et glorifiant une vie dépouillée au lendemain de la guerre emportera l'adhésion du public. Et surtout, il scellera le retour définitif de la merveilleuse Morgan dans le cinéma Français, même si sa pratique de l'anglais, devenue excellente, lui permettra aussi de jouer outre-manche dans l'excellent The Fallen Idol (Première Désillusion, 1948). Réalisé par Carol Reed, il recevra le BAFTA du meilleur film britannique.

En 1996, Michèle Morgan reviendra à Cannes fêter les 50 ans du Prix obtenu pour La symphonie pastorale, illuminant le Festival de sa radieuse simplicité et de son élégante modestie !

Par Antoine Sire

Publié le Dimanche 22 mai 2016.
Beatrice Billon
Le film
Affiche Symphonie Pastorale

LA SYMPHONIE PASTORALE

de Jean Delannoy

1946

Avec : Michèle Morgan, Pierre Blanchar, Line Noro, Jean Desailly, Andrée Clément, Rosine Luguet

Scénariste : Jean Aurenche et Pierre Bost d'après le roman d'André Gide

Les derniers articles
americain paris cinema 5
Les Classiques Voir tous

Gene Kelly et Leslie Caron dans la ville rêvée d'Un Américain à Paris

Arthur Freed, responsable des comédies musicales à la MGM, demanda un jour à Ira Gershwin l'autorisation de produire un film reprenant le titre « Un a...

10
Les Classiques Voir tous

1998 : Benigni vole la vedette à Theo Angelopoulos

Grand cinéaste qui mêlait dans de longues fresques contemplatives le passé des peuples, généralement balkaniques, et le présent de ses personnages, le...

O PULP FICTION CANNES 1994 Facebook
Les Classiques Voir tous

1994 : la révolution Tarantino déferle sur Cannes

Il y a des années où le Festival de Cannes fourmille de films attendus, et ou la Palme d’or revient pourtant à une oeuvre que personne n’espérait. C’e...