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THE LAST WALTZ, le 1er concert filmé par Martin Scorsese

  • Last Waltz Scorsese

L’exposition Scorsese se termine avec succès à la Cinémathèque française le 14 février 2016. Nous vous proposons de revenir un instant sur une oeuvre discrète mais majeure du réalisateur : The Last Waltz, son premier concert filmé.

This film should be played loud !

Il se tient le 25 novembre 1976, jour de la Thanksgiving, au Winterland Ballroom de San Francisco et met en scène le groupe de folk/rock’n’roll canadien-américain The Band qui connut le succès en accompagnant Bob Dylan durant les années 60.

Pourquoi "The Band" ? En plus d’avoir suivi Dylan, c’est un peu le "groupe des groupes" : il compte cinq membres ( Robbie Robertson, Rick Danko, Richard Manuel, Levon Helm et Garth Hudson ) sachant tous jouer de plusieurs instruments. Quatre membres sur les 5 se partagent aussi les performances vocales.

Ce soir là au Winterland Ballroom, on sert de la dinde aux 5000 invités qui dînent avant le concert qui commence à 21h et se termine à 2h15 du matin.

Filmer un tel évènement demandait de grandes prouesses techniques : Scorsese utilisa alors 7 caméras de format 35mm, dirigées par les chefs opérateurs les plus respectés de l’époque comme Michael Chapman (Raging Bull) ou Laszlo Kovacs (Easy Rider)

Robbie l’Embrouille

En dépit de ses efforts, le tournage fut chaotique et sema la discorde au sein du groupe, l’idée de départ n’étant pas appréciée de tous : le guitariste Robbie Robertson, voulait mettre fin aux concerts de The Band après un accident grave en bateau du pianiste et chanteur Richard Manuel. Et donc passer au statut de "groupe de studio" seulement. 

Alors que les autres membres de The Band sont plutôt portés sur la bouteille, Scorsese et Robertson sont copains de cocaïne et passent leur temps ensemble durant le tournage.

Si l’on regarde le filme sans connaître le groupe, l’image laisse clairement entendre que Robbie Robertson en est le leader. Lors de la première projection du film en 1978, les quatre autres membres de The Band rient jaune : il n’y en a que pour Robertson, omniprésent à l’écran.

Dans son autobiographie This Wheel’s on Fire, le batteur Levon Helm critique les découpages de séquences hasardeux qui privent les spectateurs d’instants remarquables comme l’accolade qu’il partage avec Muddy Waters à la fin de son morceau Mannish Boy. Il reproche aussi le trop peu d’importance donnée au pianiste Richard Manuel en toute fin de concert lorsque tous les invités reviennent sur scène pour I Shall Be Released. En effet, la voix de celui que l’on appelait le "Ray Charles blanc", rien que ça, est étouffée par l’ensemble et on ne le voit qu’à peine.

Le plus grand concert jamais filmé

Se succèderont une vingtaine de morceaux du groupe ainsi que des reprises. Les spectateurs du concert en ont pour leur argent car Robertson a fait venir sur scène de grands noms du blues, du rock, de la soul et de la folk dont Muddy Waters, Bob Dylan, Neil Young, Joni Mitchell, Ringo Starr, Ron Wood, Van Morrison…

"Plus qu’un concert, une célébration", dira le guitariste à Scorsese dans une séquence en studio qui apparaît dans le film. 

Les négociations pour obtenir le droit de filmer Dylan furent âpres, et les membres du groupe se demandent pourquoi un certain Neil Diamond, chanteur de folk considéré comme ringard à l’époque, figure parmi les invités. Ce dernier aurait lancé à Dylan : "Il faut être bon pour passer après moi". Réponse cinglante : "Qu’est ce que je dois faire ? Monter sur scène et m’endormir ?"

Parmi les meilleures performances on retiendra particulièrement :

- Don’t Do It qui ouvre le film et qui donne envie de monter le volume instinctivement.

- Helpless chanté par un Neil Young hirsute, encore hirsute, et souriant. La post-production retirera par rotoscopie l’amas de cocaïne visible ( plus ou moins la taille d’un Raffaelo de Ferrero ) dans son nez.

- Le morceau The Shape I’m In de The Band, porté par la meilleure voix du groupe, celle de Richard Manuel.

- Caravan chanté brillamment par un Van Morrison ivre et boudiné dans son costume pourpre.

- Et, une bonne composition de Robertson pour le film, le Thème récurrent de The Last Waltz aux sonorités très Le Parrain.

L’avenir donnera évidemment tort à Robertson : chacun rejouera, on assistera même à des réunions de The Band sur scène, mais jamais avec la formation originale au complet. 

Retrouvez la captation exceptionnelle de ce concert par Martin Scorsese, en version DVD remasterisé à l'occasion du 25ème anniversaire de sa sortie, ICI . 

Publié le Lundi 8 février 2016.
Beatrice Billon

La Cinémathèque française

51 Rue de Bercy 75012 Paris

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