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Les musiques de films oscarisées

  • Chariots Of Fire Feu Vangelis Oscar Musique Music Award 1982

Il a fallu attendre 2016 pour qu’Ennio Morricone remporte un Oscar pour sa musique, ici dans Les Huit Salopards. C’est l’occasion de retracer l’histoire des Oscars des musiques de films, et cela depuis les années 30. La liste ci-dessous est certes subjective mais essaie de mettre en avant des oeuvres significatives. 

Années 30 : Du son !

Les années 30 voient éclore l’association des films parlants et de la musique. Le tout premier film à être oscarisé pour sa musique était One Night of Love en 1935 et il faut signaler que ce prix était décerné au département musique des studios jusqu’en 1939, pas aux compositeurs eux-mêmes. 

One Night of Love, c’est l’histoire d’une jeune femme (Grace Moore, pas franchement aidée par l’affiche du film) qui essaie de se faire une place dans le monde l’opéra à New York alors qu’elle débarque tout juste d’Italie. Pas de compositions originales, le film met en scène des airs d’opéra et des chansons traditionnelles italiennes comme O Sole Mio chantés par les acteurs. 

 

Puis on fait appel à des compositeurs chevronnés. En 1936, c’est Le Mouchard de John Ford qui est récompensé pour sa musique, aux dépends des Révoltés du Bounty.  

Le Mouchard décrit l’Irlande pauvre des années 20, secouée par les militants de l’IRA.

Et le compositeur chevronné est ici Max Steiner : avant d’oeuvrer pour d’autres grands titres comme King Kong, Casablanca ou Autant en Emporte le Vent, il se fait remarquer dans le film de Ford pour sa tendance à accentuer dramatiquement tous les évènements du film même minimes. Ca s’appelle le mickeymousing, et il l’illustre particulièrement avec un passage de musique très très vif alors qu’un personnage ne fait que…boire une bière.


L’histoire sociale est reliée à la musique de façon évidente. C’est ce que montre la récompense donnée au film Alexander’s Ragtime Band (La Folle Parade) produit par Darryl F. Zanuck en 1939. Le titre du film est en fait une chanson de 1911 d’un certain Irving Berlin, mis à contribution pour créer les musiques du film en plus de celles qu’il avait déjà faites.

Tyrone Power y joue cet Alexander, qui contre l’avis de ses parents décide de faire carrière dans le ragtime (un des principaux précurseurs du jazz), plutôt que de "la musique sérieuse". C’est l’histoire du jazz qui est récitée, prenant appui sur des faits réels comme le concert du Benny Goodman Orchestra au Carnegie Hall. L’oscar revient au grand compositeur Alfred Newman, auteur de centaines de musiques de films.


Années 40 : Les grands succès populaires

Dans les années 40, le 7ème art se démocratise davantage. Ainsi naissent des classiques désormais fortement ancrés dans la culture populaire américaine. C'est le cas du Magicien d'Oz de Victor Fleming, apparemment le film le plus vu au monde.

En plein âge d'or de Broadway, ce sont les jeunes compositeurs Yip Harburg et Harold Arlen qui en travaillent la musique, récompensée par l'Oscar en 1940 devant Autant en Emporte le Vent. Harold Arlen invente Over the Rainbow en deux temps trois mouvements : elle sera l'hymne de la vie de l'actrice Judy Garland.


Emouvoir aux larmes : c’est sans doute la recette du succès, et sans forcément disposer de grands moyens. Le long métrage d’animation Dumbo obtient l’Oscar de la meilleure partition d’un film musical en 1942, et cela particulièrement grâce à la chanson Baby Mine interprétée par Betty Noyes.

Cette dernière est connue pour avoir doublé les parties chantées de Debbie Reynolds dans Singin’ in the Rain. Et pour ce qui est des larmes, la version française de Baby Mine (Mon tout petit) fonctionne tout aussi bien. 

 

Années 50 : Variations de styles

Un Américain à Paris et Chantons sous la Pluie marquent glorieusement la fin de l’ère des comédies musicales de type Broadway à l’aube de la décennie. Les moyens offerts par les sociétés de production permettent l’avènement de fresques encore plus ambitieuses, à l’image des westerns de l’époque dite classique ou des films tournés à l’étranger.

En 1953, le western américain Le Train Sifflera Trois Fois de Fred Zinnemann remporte l’Oscar de la meilleure partition pour un film dramatique ou comédie grâce aux compositions de Dimitri Tiomkin (les thèmes tragiques de The Alamo en 1960, c’est lui). 

On assiste à la première apparition de Lee Van Cleef dans le rôle d’un tueur (étonnant), et à la consécration de Grace Kelly. Gary Cooper recevra l’Oscar du meilleur acteur, mais en raison de son absence à la cérémonie c’est John Wayne qui viendra le chercher.

La ballade de Tex Ritter Do not forsake me a été modifiée pour l’audience française par Henri Contet sous le titre Si toi aussi tu m’abandonnes, et interprétée par John William.

Le Pont de la Rivière Kwaï a été réalisé en 1957, sous l’égide de David Lean et Horizon Pictures, liée par contrat avec la Columbia Pictures. L’idée d’adapter le petit roman éponyme de l’écrivain français Pierre Boulle (aussi connu pour l’écriture de La Planète des Singes en 1963) vient du scénariste du Train Sifflera Trois Fois, Carl Foreman. 

Après de multiples remaniements et discussions, le scénario se voit offrir 2 800 000 dollars pour sa production, bien nécessaires pour son tournage à Ceylan (Sri Lanka). Il reçoit ensuite l’Oscar de la meilleure adaptation musicale grâce à la Marche du Colonel Bogey composée par Malcolm Arnold, sifflotée à l’occasion par de très nombreux grands pères. 


Années 60 : Là où il devient difficile de ne choisir que deux films

David Lean frappe encore en 1962 : sa fresque Lawrence d’Arabie inspirée de la vie de Thomas Edward Lawrence remporte 7 Oscars en 63 dont celui de la meilleure musique, composée par Maurice Jarre. Dans la foulée, Omar Sharif obtiendra la reconnaissance pour son rôle dans Le Docteur Jivago en 65 auprès des jeunes Julie Christie et Géraldine Chaplin.

 

Et les westerns américains n’ont plus grand chose à voir avec les séries B et ceux de la période classique, en témoigne Butch Cassidy and the Sundance Kid de George Roy Hill (1969). 

Robert Redford et Paul Newman portent une intrigue plus légère, teintée de pop grâce à la composition musicale de Burt Bacharach dont Raindrops keep fallin’ on my head, traduite en français par Sacha Distel.

La chanson du film remporte l’Oscar de la meilleure partition originale. Bob Dylan a été sollicité pour chanter l’originale, mais il a refusé. Bien dommage. 


Années 70 : L’excellence : on lâche les chevaux

Evidemment, la musique du Parrain. Le Parrain 2 en l’occurence, de Francis Ford Coppola (1974). 6 Oscars en 1975, dont celui de la meilleure musique de film composée par Nino Rota et Carmine Coppola. Le résultat est un savant mélange d’influences studieuses de musique classique (Bach, Albinoni pour le thème de L’Immigrant…), couplé de mélodies d’Italie du sud.

 

La même année, Gatsby le Magnifique remporte le prix de la meilleure partition de chansons et adaptation musicale.

Steven Spielberg, 28 ans en 75, réalise Les Dents de la Mer qui remporte 470 millions de dollars. Un spectateur averti de 2016 peut bien ricaner, mais 40 ans plus tôt la présence suggérée du requin mécanique faisait grand effet. Et cela grâce au thème de John Williams (récompensé trois ans plus tard pour Star Wars bien sûr), le Mi Fa Mi Fa Mi Fa menaçant et tonique inspiré du Sacre du Printemps de Stravinski.

 

Oscars 1976 toujours, Barry Lyndon gagne le prix de la meilleure partition de chanson et adaptation musicale de Leonard Rosenman. Stanley Kubrick choisit des musiques d’époque dont la Sarabande de Haendel, accompagnées de folklore irlandais joué par le groupe The Chieftains.


Fait significatif en 1979 : Midnight Express d’Alan Parker est le premier film dont la bande sonore est récompensée aux Oscars alors qu’elle est entièrement composée au synthé par Giorgio Moroder. 


Années 80 : Entre l'Est et l'Ouest, les synthétiseurs 

Epopées et héroïsme règnent sur les Oscars des années 80, comme l’illustre Les Chariots de Feu de Hugh Hudson en 1981. A travers le vécu de deux athlètes britanniques concourant aux JO 1924 à Paris, le film raconte la montée de l’antisémitisme et le phénomène de lutte des classes.

La musique du film signée Vangelis remporte l’Oscar de la meilleure musique de film en 1982, accompagnant trois autres trophées.


Alors que la tension entre le bloc occidental est l’URSS arrive à son paroxysme, la toute puissante Amérique raconte le passage du mur du son et ses premiers vols spatiaux d’après-guerre dans L’Etoffe des Héros de Philip Kaufman (1983). En face, il y a le grand Nikita Mikhalkov…

La musique de Bill Conti est récompensée d’un Oscar. Ce dernier a réalisé la musique des trois premiers Rocky et laisse la main à Vince DiCola pour le quatrième opus, film emblématique de l’époque Rideau de Fer.

 

Peu de temps avant les manifestations de la place Tian’anmen à Pékin, les autorités chinoises permettent la réalisation du Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci en 1987. C’est le premier film tourné dans la Cité Interdite, et cette immense fresque historique aux 9 Oscars a nécessité la participation de 19 000 figurants. 

Neuf morceaux ont été composés par Ryuishi Sakamoto (dont on peut entendre la musique actuellement dans The Revenant), et cinq par David Byrne des Talking Heads.

 

Années 90 : Mémoire, misère et espoir 

Portée à l’écran par Steven Spielberg en 1993, la vie et les actes de l’industriel Oskar Schindler sont encore symboliquement représentés par la descendance des vies qu’il a sauvées. 

Pour cette oeuvre grave, une musique de circonstance par John Williams qui lui vaut l’Oscar de la meilleure musique de film : chansons en yiddish et hébreu, mais aussi le fameux thème du grand violoniste israelien Itzhak Perlman. 

 

The Full Monty de Peter Cattaneo (1997) présente la ville de Sheffield après la crise de la filière du métal des années 80. Son héros Gaz, chômeur, décide de vaincre la morosité de cette période en montant son propre spectacle de chippendales. En résulte un film très positif grâce aux choix musicaux d’Anne Dudley, dont les célèbres You Sexy Thing du groupe Hot Chocolate et Land of 1000 Dances de Wilson Pickett.

 

Années 2000-2010 : Le beau destin de personnes ordinaires

Danny Boyle et Loveleen Tandan adaptent le premier roman de l’écrivain indien Vikas Swarup avec Slumdog Millionaire ("Le Pouilleux Millionnaire" au Québec) en 2008. Gagnant de huit Oscars l’année suivante dont un pour la musique d’Allah Rakha Rahman et un autre pour sa chanson Jai Ho, le film est remarqué pour l’originalité de sa structure et l’émotion dégagée par la représentation du destin de Jamal Malik (Dev Patel). 


Dans le genre "structure inhabituelle" figure aussi le long métrage d’animation des studios Pixar Là-Haut de 2009, réalisé par Peter Docter et Bob Peterson. En effet, quel spectateur ne s’est pas surpris à avoir une larme au coin de l’oeil au bout de 10 minutes de film ? La larmichette venant aussi grâce au morceau Married Life de Michael Giacchino, gagnant de l’Oscar de la meilleure musique.


 

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Publié le Jeudi 10 mars 2016.
Marie Moussié
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