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La musique des films de Stanley Kubrick

  • 2001 A Space Odyssey

Stanley Kubrick faisait partie de ces réalisateurs, au même titre qu’Alfred Hitchcock, Sergio Leone, ou David Lynch, qui accordaient à la musique une place fondamentale, voire centrale, au sein de leurs constructions cinématographiques. Que serait la fameuse scène de la douche dans Psychose (1960), sans les coups de violon stridents composés par Bernard Herrmann ? De quoi aurait l’air la scène finale de Le bon, la brute et le truand (1966) sans les magnifiques envolées classico-psychédéliques du grand Ennio Morricone ?

Si la musique, dans les exemples ci-dessus, semble essentielle, l’interdépendance entre image et son est peut-être encore plus fondamentale dans le cinéma de Stanley Kubrick.

En effet, chez Kubrick, l’importance de la musique va souvent au delà de la fonction qu’on lui attribue généralement au cinéma, à savoir celle de souligner les émotions ressenties par les personnages. En clair, elle est souvent utilisée pour exprimer ce que les images ou les dialogues ne disent pas explicitement. Si le réalisateur de Barry Lyndon use comme les autres de ce procédé, il lui arrive quelquefois de réserver à la musique un emploi encore plus capital . C’est le cas notamment de l’obsession pour Beethoven que nourrit Alex, le jeune psychopathe d’Orange Mécanique (1971), ou encore, dans Eyes Wide Shut (1999), du rôle crucial du pianiste qui permet, grâce au mot de passe Fidelio (unique opéra de Beethoven – encore lui ! - ) au personnage de Tom Cruise de prendre part à l’étrange cérémonie autour de laquelle tout le film gravite. Il met, dans ces cas précis, la musique elle-même au cœur de l’intrigue et la fait véritablement rentrer dans le film au lieu de la laisser à l’ « extérieur » de celui-ci, au seul profit du spectateur.

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Bien que Kubrick accorde une importance prépondérante à la musique dès le début de sa carrière, il l’utilise jusqu’à Lolita (1962) de manière plutôt traditionnelle, collaborant souvent avec un compositeur professionnel qui lui écrit une bande originale sur mesure. C’est à partir de 2001 : L’odyssée de l’espace (1968) qu’il révolutionne l’emploi de la musique au cinéma. Il accomplit une prouesse inégalée en associant de grands airs de musique classique, souvent très connus, à des images très fortes. Citons par exemple la scène d’ouverture où des hommes-singes préhistoriques apprennent à utiliser des os comme des armes après qu’un mystérieux monolithe leur ait fait don de ce savoir, au son de Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, ou celle où l’on voit la station spatiale tournoyer gracieusement sur l’air du Beau Danube bleu de Johan Strauss avec la Terre en toile de fond. L’association entre les éléments visuels et sonores de ces séquences est telle qu’on ne peut aujourd’hui plus entendre ces musiques sans que ces images extraites de 2001 nous viennent en tête, comme si ces œuvres séculaires étaient la bande originale d’un film de 1968 !

On retrouve cette utilisation de grands œuvres classiques dans plusieurs autres films du réalisateur. En 1971, sort Orange Mécanique, film punk avant l’heure dans lequel le « héros », nous l’avons déjà mentionné, éprouve une passion pour Beethoven, étrangement liée à une fascination pour l’ultra-violence et le sexe. Pour mieux exprimer cette obsession malsaine et la rendre plus dérangeante encore, Kubrick ne se contente pas de choisir les morceaux les plus agressifs de l’œuvre du compositeur allemand, il les fait rejouer au synthétiseur par un des pionniers de la musique électronique, Walter (qui, changeant de sexe quelques années plus tard deviendra alors Wendy) Carlos. Le résultat est saisissant et contribue grandement à l’atmosphère perturbante et au caractère subversif du film. Cette entreprise ambitieuse n’est cependant rien en comparaison du projet suivant du réalisateur mélomane : Barry Lyndon (1975). Entièrement éclairé à la bougie, ce chef-d’œuvre de plus de trois heures comporte une sélection musicale qu’aucun autre cinéaste n’a jamais réunie avec autant de légitimité ni d’élégance : Bach, Vivaldi, Mozart, Schubert, Haendel. Rien que ça ! Il fallait assurément un talent hors du commun et une sensibilité musicale particulièrement exacerbée pour tourner un film à la hauteur d’une telle bande-son. Kubrick était sans doute le seul à même de se mesurer à de pareils sommets et à les intégrer dans ses films de façon idéale, là où d’autres qui auraient fait une tentative similaire auraient immanquablement eu l’air prétentieux, voire ridicules.

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Cependant, le classique n’est pas le seul registre musical dont Kubrick nourrit sa production cinématographique. Dans la lignée des expérimentations électroniques d’Orange Mécanique, il incorpore dans Shining (1980), puis dans Eyes Wide Shut les sonorités atonales de musiciens contemporains d’avant-garde. On peut entendre dans l’adaptation du roman de Stephen King interprétée par Jack Nicholson les violons discordants et menaçants du compositeur polonais Krzysztof Penderecki tandis que le piano fantomatique du roumain György Ligeti accompagne les pérégrinations orgiaques tourmentées de Tom Cruise dans le dernier long-métrage du réalisateur.

On trouve encore dans son œuvre, loin des mélodies harmonieuses et solennelles de la musique classique et des sonorités dissonantes de la musique contemporaine un certain nombre de chansons pop et rock. L’action de Full Metal Jacket ( sorti en 1987 ) se déroule entre 1962 et 1968, âge d’or de la pop music. Kubrick a, pour l’occasion, parcouru les charts (classements des meilleures ventes de disques) de chaque année de la période concernée avant d’établir une sélection de morceaux qui lui semblaient aussi dignes de figurer dans son film que représentatifs de l’époque que celui-ci faisait  revivre, parmi lesquels : « These boots are made for walkin’ » de Nancy Sinatra, « Surfin’ Bird » des  Trashmen ,  « Chapel of love » des Dixie-Cups, ou encore « Paint it black » des Rolling Stones.

Il serait, pour finir, injuste de ne pas souligner l’excellent choix de chanson que constitue « Baby did a bad bad thing » de Chris Isaak, sans lequel la sensualité dégagée par Nicole Kidman dans Eyes wide shut ne serait pas si troublante et mystérieuse.

 

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Publié le Vendredi 5 mai 2017.
Shoreh Belfond
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