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La B.O. de Pulp Fiction

  • Travolta Thurman Pulp Fiction

Dans Pulp Fiction comme dans toute sa filmographie, Quentin Tarantino s’est attaché à chercher la musique qu’il aimait sur laquelle il avait des scènes bien précises en tête. Fonctionnant simplement au ressenti, ce dénicheur a donné une seconde vie à des chansons "oubliées" grâce au succès du film.

Pour Tarantino, la musique est une composante d’un tableau global sans être absolument prépondérante. Surf music, rock, soul (Al Green) et funk (à travers le choix de Kool & The Gang) ponctuent les dialogues cocasses du réalisateur. 

Parcours d’un "record freak" 

A l’époque du tournage de Reservoir Dogs, Quentin Tarantino n'était encore qu'un inconnu aux finances limitées et il eut quelques difficultés pour obtenir les droits des (excellents) morceaux qui en composent la bande sonore. Heureusement, il n’était pas seul dans cette galère : il se fit aider par une amie, Karyn Rachtman, qui allait lui donner un sérieux coup de main. Ne pouvant mettre la main sur la chanson Stuck in the Middle With You des Stealers Wheel, Tarantino était déçu, c’était exactement ce titre qu’il voulait pour la scène de l’oreille coupée. D’autant plus que Karyn Rachtman lui propose "on pourrait mettre une reprise", ce qui le désespère… 

Déterminée, elle alla à la rencontre des détenteurs des droits du titre. Leur expliqua que cette chanson joyeuse allait contraster avec la scène de l’oreille, à la façon de Singin’ in the Rain dans Orange Mécanique. Et ça a marché même si 10 000 $ normalement consacrés à toute la bande sonore du film partirent entièrement dans l’obtention de Stuck in the Middle With You. Elle revint victorieuse vers Tarantino, qui lui demanda : 

"- Que puis-je faire pour toi maintenant ?
- Vire ton directeur musical et fais en sorte que je le remplace !"

 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle découvre alors que travailler avec Tarantino représente aussi son lot de difficultés. Sans Internet à l’époque, il était parfois difficile de trouver un titre que le réalisateur entonne comme il peut jusqu’à y ajouter de bouts de phrases qui n’ont plus rien à voir avec les chansons recherchées… Elle lui pardonne, tout ne peut pas être millimétré chez les génies. 

A Band Apart  

Fort du succès de Reservoir Dogs, cette histoire de droits s’est faite plus simple durant le tournage de Pulp Fiction. A quelle époque le film se déroule-t-il ? On en sait trop rien. Concernant la correspondance de la musique avec l’image, Tarantino dira en 1994 :

"Ce que je ne veux pas faire, et j’ai vu ça dans plein de films, c’est de créer une fausse énergie avec la bande sonore. Genre on fait un film sur les années 60, alors on balance de la musique des années 60. C’est de la facilité, c’est chiant, c’est comme regarder un film et écouter la radio en même temps…Ca ne va pas ensemble, j’essaie d’éviter ça". 

L’album de la bande originale de Pulp Fiction connut un grand succès et s’achète comme une compilation. Il comporte originalement 9 morceaux, tous transformés par l’utilisation qu’en a faite Tarantino. Rachtman lui conseille Flowers on the Wall des Statler Brothers, vieille formation de country américaine. A l’origine du groupe dont le nom est trouvé en vitesse, la fratrie Reid et non Statler, ce mot désignant juste une marque de mouchoirs. "On aurait tout aussi bien pu s’appeler les Kleenex Brothers", en plaisantent les Reid.


Les amis du réalisateur apportent également leur pierre à l’édifice en proposant des morceaux pour les scènes. Le musicien Boyd Rice, fondateur du groupe darkfolk/industriel (oui ) NON avance ainsi l’idée du titre Misirlou (1962) de Dick Dale, morceau phare de Pulp Fiction. Dick Dale ou Richard Mansour de son vrai nom a mis à profit ses origines libanaises à travers le choix d’une mélodie ancienne apparemment venue d’Egypte et de Grèce. Et si vous vous demandez ce qu’est le darkfolk industriel, nous vous invitons à cliquer sur ce lien.

Surfers are back 

Qu’est ce que la Surf music a à voir avec le surf ? Même Tarantino se pose la question. Pour lui, c’est une musique épique qui évoque le western plutôt qu’un tube dans le Pacifique même si elle s’adapte bien sûr au contexte californien du film.
Ainsi se succèdent Out of Limits  des Marketts, Bustin’ Surfboards des Tornadoes ou Bullwinkle part 2 des Centurions, très représentatifs de la mode du début des années 60. Mais aussi Surf Rider des Lively Ones, dont la ligne mélodique a été poliment emprunté au titre Spudnik des Ventures après consultation de ceux-ci. 

Tarantino "déterre" donc la Surf music par Pulp Fiction, ce qui donnera lieu à des réutilisations de ce genre comme avec Pump It des Black Eyed Peas en 2006. 

Ambiance et présentation des personnages 

La réalisation de Tarantino traduit partiellement par un réalisme aigu auquel s’intègre tout naturellement le choix musical. Il faut parfois tendre l’oreille pour distinguer les morceaux saisis, et avant cela même qu’on se rende compte de leur passage. C’est cette musique non évidente qui n’est pas présente sur le disque de la bande originale, celle de Link Wray par exemple, deux fois sollicité dans Pulp Fiction : avec Ace of Spades et Rumble, en fond de la conversation entre Mia et Vincent lors de leur dîner.
Ce même repas laisse aussi entendre Lonesome Town de Ricky Nelson (1958), jeune chanteur et guitariste américain mis en concurrence avec Elvis avant de donner la réplique à John Wayne (et de pousser la chansonnette) dans Rio Bravo

Tarantino sème ses références avec goût et transforme la musique pour en faire un usage exclusivement cinématographique : même un titre comme If Love is a Red Dress de Maria McKee, dont il est fan, reste très discret à l’image. Comme si les magasins de quartiers passaient les chansons que l’on aime… Pour ensuite la mettre en valeur dans des scènes qui lui sont entièrement consacrées, comme celle du concours de twist avec You Never Can Tell de Chuck Berry (1964). 

Le choix de cette chanson de Chuck Berry est amusant, d’ailleurs. La guitare, ce pour quoi le pionnier du rock’n’roll est connu, y est très peu présente à l’instar du saxophone et piano. Si l’on devait choisir un morceau représentatif de l’artiste, ce ne serait pas celui-ci.

L’homme qui assure la prospérité des foyers

Vincent et Mia sont sans doute un peu paumés. De l’introduction de leur "couple" par Son of a Preacher Man de Dusty Springfield à la scène de l’overdose rompant avec l’innocence de la jeune fille devenue femme (nous parlons bien de Girl you’ll be a Woman Soon d’Urge Overkill), il semble que la musique se prête à la description des personnages par ses intitulés et paroles.  

La soirée de Mia et Vincent constitue un pivot de Pulp Fiction selon Quentin Tarantino et la scène de l’overdose a fait l’objet d’une élaboration particulière. Uma Thurman avait le choix entre plusieurs morceaux pour sa danse solitaire, elle a choisi celui d’Urge Overkill.
Le succès qu’on leur connaît ne tenait pas à grand chose : il a fallu que Tarantino trouve leur disque dans un bac à 50 centimes la pièce. L’homme qui a mis le disque dans ce carton a changé le destin de ce modeste groupe !

Girl you’ll be a Woman Soon est avant tout l’oeuvre de Neil Diamond en 1967. Neil Diamond est une sorte de Joe Dassin américain, connu comme le loup blanc outre Atlantique et dont le répertoire est immense.


Cherry on the cake, bâillon dans la bouche

Le meilleur pour la fin : l’histoire du morceau accompagnant le terrible viol de Marsellus Wallace… Une scène délicate, mais tournée en dérision par Tarantino qui y a offert une place importante au grotesque. 

Le réalisateur voulait My Sharona des Knacks, avec cette justification : "Quand on y pense, le rythme de la chanson va bien avec la sodomie de la scène". Malheureusement pour lui, un des membres (très attaché à la religion chrétienne) du groupe a catégoriquement refuser de prêter le morceau pour cet emploi.
C’est finalement le titre Comanche des Revels qui vient rythmer l’acte, et finalement elle n’arrive pas si mal car My Sharona paraît presque trop gentille. Quant aux Knacks, ils bénéficieront de la vente des droits de leur chanson phare dans le film Reality Bites aussi sorti en 1994. Vous n’êtes certainement pas nombreux à en avoir entendu parler, voilà ce que c’est de dire non à Tarantino…


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Publié le Mardi 21 juin 2016.
Marie Moussié
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