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La B.O. d'Easy Rider de Dennis Hopper et Peter Fonda

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Festival de Cannes 1969. Easy Rider, le road movie peu coûteux des acteurs Dennis Hopper et Peter Fonda, remporte le prix de la première oeuvre. Si Hopper y croyait dur comme fer, le père (Henry) Fonda était plutôt sceptique après avoir vu une courte séquence du film. Les gens allaient-ils comprendre ? Dans beaucoup d’interviews, Peter Fonda explique qu’à 27 ans il mourait d’envie de faire un film qui parle véritablement à la jeunesse américaine. Histoire de montrer qu’il y avait autre chose à voir que des comédies romantiques avec Doris Day comme Pillow Talk (1966)…
Le récit de l’usage de drogues, de la vie en communauté chez les hippies, des tensions avec les autorités séduit. Le succès d’Easy Rider est immense, et il se montre également innovant sur un autre plan : c’est la première fois qu’une bande sonore est composées de morceaux déjà existants et contemporains de l’action présentée. 

En 1955, cette pratique naissait. Graine de Violence de Richard Brooks fait usage du titre Rock Around The Clock de Bill Haley, et pour la première fois un morceau était popularisé par un film. A tel point que Graine de Violence fut un déclic pour des tas de musiciens, comme les Beatles qui en disaient : "le film était nul mais on y allait pour Bill Haley".

Il est certain que Dennis Hopper et Peter Fonda n’avaient pas la musique de leur film pour principal souci, faute au maigre budget. Ils ont cependant eu la brillante idée de donner au propos d’Easy Rider un "commentaire musical" à travers la sélection de morceaux en vogue en 1969, à l’aide de leur éditeur Donn Cambern. D’ailleurs, Dennis Hopper écrivait le scénario en écoutant la radio de près afin de saisir les chansons les plus adaptées à ses plans, à l’exception du morceau de clôture. Seulement, il fallait ensuite aller voir les artistes tour à tour pour leur réclamer les droits et ils ne disposaient que de 1000$ par chanson. Leurs amis Crosby, Stills, Nash et Young ont même été consultés au sujet de la cohérence de l’ensemble, et tous les quatre ont conseillé à Hopper et Fonda de ne rien toucher, et qu’ainsi tout était déjà parfait.

Deux chansons du film sont toutefois absentes de l’album de la bande originale : Let’s Turkey Trot de Little Eva et Flash, Bam, Pow de The Electric Flag.  

The Pusher, Steppenwolf 

Alors que le film débute sur les transactions douteuses entre les deux héros et Phil Spector caché dans sa Rolls Royce on entend The Pusher de Steppenwolf, un des grands succès du groupe canadien. On se doute bien de la nature des échanges qui se trament, car les paroles de la chanson ne sont pas avares de termes explicites comme la mention récurrente de grass et pills. Dès la première seconde, on prend connaissance des deux petits dealers enfourchant leurs choppers mais aussi d’une menace pour un public "décent" décrite par Jack Nicholson, lui même révélé par Easy Rider : "Les gens n’ont pas peur de vous, ils ont peur de ce que vous représentez : la liberté"

Born To Be Wild, Steppenwolf 

Les moteurs qu’on met en route font un peu le même bruit que la guitare de Michael Monarch. Mais Born to be Wild était d’abord une ballade créée du temps de Sparrow, la formation qui précéda Steppenwolf. Sorti un an avant Easy Rider, le tube que l’on connait tous a permis au groupe d’obtenir le succès. Puis, grâce au film, le titre a tout simplement été élevé au rang d’hymne du rock’n’roll. Les paysages américains défilent, Dennis Hopper lâche le guidon et Peter Fonda sourit sans s’arrêter : voici les symboles de l’indépendance totale !

Wasn’t Born To Follow, The Byrds 

1967 : lors de la sortie de l’album The Notorious Byrd Brothers où figure Wasn’t Born To Follow, l’ambiance n’est pas au beau fixe parmi les américains des Byrds. D’ailleurs, David Crosby en sera renvoyé avec une compensation financière par Roger McGuinn, autre membre du groupe (puis Crosby s’achètera un voilier et montera le supergroupe Crosby, Stills & Nash). Après Steppenwolf, cette ballade rappelle que l’idéologie hippie n’est jamais bien loin et nos deux protagonistes croisent et félicitent un fermier qui vit de la terre, hors des carcans de la société. Comme le veut le morceau, il faut vivre comme on l’entend et défier les logiques de routine.

The Weight, The Band/Smith 

La chanson entendue dans Easy Rider est la version originale du groupe canadien-américain The Band, présente sur le merveilleux album Music From Big Pink. En revanche, l’album de la bande sonore propose The Weight reprise par le groupe Smith, dépendant du label ABC/Dunhill alors responsable de la B.O. La maison de disques de The Band ne souhaitait en effet pas leur accorder le titre. 
Il est vrai que Smith n’a jamais fait grand chose de plus que de reprendre de grands succès, comme Baby it’s you sur l’album A Group Called Smith sorti en 69. Alors… 

If You Want To Be A Bird, The Holy Modal Rounders

Sur la route, Wyatt et Billy rencontrent George Hanson (Jack Nicholson), petit avocat surmené. L’occasion pour ce dernier de tirer sur son premier joint et de lâcher un peu prise, jusqu’à battre les bras pour faire l’oiseau assis à l’arrière d’un chopper. Cela méritait bien un titre original comme If You Want To Be A Bird : il n’était pas si courant de mélanger folk et rock psychédélique. Psyché oblige, ces années ont vu fleurir de nombreux groupes aux noms étranges comme Chocolate Subway ou Total Quintessence Stomach Pumpers par exemple.

Don’t Bogart Me de Fraternity of Man & If 6 Was 9 des Jimi Hendrix Experience 

Sans grande surprise, un groupe qui s’appelle Fraternity of Man est évidemment issu du mouvement psyché-hippie (californien). Drôle de titre qu’est ce Don’t Bogart Me (comprendre : "Me fais pas une Bogart") ; l’expression, jusque là réservée à une minorité de fumeurs, devint populaire grâce à Easy Rider. Plusieurs explications sont données quant au sens de cette sentence, dont voici la plus crédible : il s’agirait de ne pas laisser s’éteindre un joint et donc d’éviter de le laisser pendre aux lèvres à la façon d’Humphrey Bogart avec la cigarette. 
Tout ceci compose une courte parenthèse rapidement rompue par le pétaradant If 6 Was 9 de Jimi Hendrix, cri de liberté dans lequel il déclare que "les cols blancs veulent que les gens comme moi disparaissent".  

Kyrie Eleison, The Electric Prunes 

Celui qui s’est vu offrir le coffret cd Nuggets a entendu les Electric Prunes avec leur titre I Had Too Much To Dream Last Night, mais peut être pas leur troisième album Mass in F Minor que l’on définit comme un "concept album d’opera-rock-religieux". Kyrie Eleison fait office d’introduction à l’album, et donne de suite l’impression de se rendre à la messe. Mais une messe cosmique et délirante, proposant la rencontre du bon Dieu avec le LSD… Qui d’ailleurs ne tarde pas à être ingéré (véritablement) par Wyatt et Billy dans un cimetière en compagnie de deux prostituées, donnant lieu à la séquence la plus révolutionnaire du film.

It’s Allright Ma (I’m only bleeding) & Ballad Of Easy Rider, Roger McGuinn 

Peter Fonda voulait absolument placer le morceau It’s Allright Ma de Bob Dylan dans la bande originale d’Easy Rider. Mais comme rien n’est simple avec Dylan, ils n’ont pas pu décrocher son autorisation. Finalement convaincu mais pas trop, Bob Dylan confie la chanson au chanteur des Byrds Roger McGuinn afin qu’il l’interprète pour le film. De même avec le thème final The Ballad Of Easy Rider : Peter Fonda souhaitait que Bob Dylan compose la chanson. Ce dernier n’était pas d’accord avec la fin du film et voulait même que Fonda et Hopper en tournent une autre. Cependant, il finit par la composer avec l’aide de Roger McGuinn, qui lui la chante alors. Et on y trouve pas le nom de Dylan.

 

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Publié le Lundi 4 juillet 2016.
Marie Moussié
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