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La B.O. des Demoiselles de Rochefort

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Sorti en 1967, Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy diffère de son précédent film Les Parapluies de Cherbourg (1964) par sa légèreté et la mise en place de dialogues parlés entre les chansons.
Il n’est alors pas question de contexte historique tel que la Guerre d’Algérie, dont le souvenir amer laisse place à d’autres évènements : en 1966 (année de tournage des Demoiselles), la pilule contraceptive est en examen avant adoption par les autorités. Une jeunesse libérée s’élève, à l’image des deux héroïnes Delphine et Solange Garnier qui évoquent leur nudité en chanson à travers une histoire de grain de beauté au creux des reins… Et encore, les Demoiselles sont assez sages.
Avec Les Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy signe la première comédie musicale française "à l’américaine".

Le modèle américain 

L’histoire des jumelles Garnier mélange couplets et ballets : le rêve cinématographique de Jacques Demy prend forme dans la ville de Rochefort, dont l’architecture militaire et symétrique inspire chez lui des idées de chorégraphies. Le réalisateur est profondément influencé par les aînées américaines des Demoiselles de Rochefort : West Side Story (1961) et bien sur Chantons Sous La Pluie (1952). 
Le modèle américain est d’ailleurs si prégnant que Les Demoiselles de Rochefort emploient les performances des meilleurs acteurs de comédies musicales : George Chakiris de West Side Story et Gene Kelly de Chantons Sous La Pluie. En 1966, l’arrivée des icônes américaines sur le tournage des Demoiselles entraîne alors un grand enthousiasme chez les rochefortais curieux d’être témoins (et acteurs) d’un si grand projet. L’équipe passe un long moment dans la cité charentaise, car il fallait également enregistrer la version en langue anglaise (The Young Girls of Rochefort) du film.

La question de l’influence outre-Atlantique s’illustre aussi dans la musique du film. Les chants sont quasiment tous interprétés en scat (jazz vocal), tendance 60’s suivant le doo-wop chère à Jacques Demy et plus particulièrement à son compositeur Michel Legrand. Le meilleur exemple étant la Chanson de Delphine à Lancien, avec son débit si particulier : Mais que sais-tu de moi toi qui parles si bien/Toi qui dis me connaître et pourtant ne sait rien, rien, rien, rien, rien… 

A part l’actrice Danielle Darrieux, interprète de la mère des jumelles, aucun membre du casting ne chante véritablement les chansons du film. Même Gene Kelly, dont le chant est alors assuré par le chanteur canadien anglophone Don Burke ! La grande majorité des voix que l’on entend dans Les Demoiselles de Rochefort sont celles de chanteurs français méconnus dont certains (Anne Germain, Christiane Legrand la soeur de Michel, Claudine Meunier…) composaient le groupe de scat des Swingle Singers fondé en 1962 par Ward Swingle. A la base, les Swingle Singers avaient pour tâche de mélanger scat et jazz avec la musique des compositeurs classiques comme Bach

La paire irremplaçable 

Michel Legrand et Jacques Demy étaient presque comme des frères. Les deux entretenaient des rêves parfaitement complémentaires : l’un souhaitait devenir compositeur, et l’autre faire des films en musique. Le second disait même du premier qu’il "n’est pas davantage un compositeur, mais une fontaine à musique". En effet, Michel Legrand s’accommodait des paroles écrites par Demy pour travailler la musique de son côté. Il était capable, pour satisfaire le réalisateur, de trouver 35 à 40 thèmes à proposer !
C’est à peu près ce nombre de morceaux de musique et d’heures passées à pianoter et chantonner qu’il fallut à Legrand pour fignoler une version parfaite et entêtante de la chanson des jumelles, celle que le monde entier connaît. Ce sommet de bonne humeur ne fut pas un exercice simple pour le compositeur : "La chose la plus difficile pour moi était de faire de la musique joyeuse. La tristesse est beaucoup plus simple à interpréter, mais Jacques Demy n’en voulait pas une once dans les Demoiselles".

Playback pour tous (ou presque)

Quand Jacques Demy propose le rôle du beau Maxence à Jacques Perrin, ce dernier ne sait ni danser ni chanter. Même chose pour Catherine Deneuve, déjà doublée par Danielle Licari dans Les Parapluies de Cherbourg, et sa soeur Françoise Dorléac quoique plus douée pour la danse. Les jeunes gens travaillent musique en playback et les chorégraphies (Françoise Dorléac avec Gene Kelly pour partenaire) à Londres durant le printemps 66, tandis que Jacques Demy cherche ceux qui interprèteront les chants.
Leurs voix devaient ressembler à celles des acteurs, donnant alors sa chance à Anne Germain pour créer l’illusion avec le personnage de Catherine Deneuve avant d’accompagner les plus grands comme Léo Ferré ou Barbara. La chanteuse Claude Parent ensuite, pour imiter à la perfection la gouaille de Françoise Dorléac, Jacques Revaux pour Jacques Perrin… Revaux lui, est plus connu pour ses compositions célèbres : on lui doit Comme d’Habitude, Les Lacs du Connemara, ou encore J’ai Oublié de Vivre de Johnny Hallyday !

Le grand talent de ces chanteurs sans visages persiste à travers le résultat des Demoiselles de Rochefort et quelques anecdotes. Ainsi Anne Germain a auditionné avec la Chanson de Delphine à Lancien dont nous parlions un peu plus tôt dans l’article, et elle devait en déchiffrer instantanément la structure et la mélodie par-dessus l’épaule de Michel Legrand au piano ! Et dans les films de Demy où sont plusieurs fois employés les chanteurs, le personnage de Bill le forain (Grover Dale) des Demoiselles hérite de la voix de José Bartel, déjà empruntée par le jeune Guy des Parapluies de Cherbourg

Dans la mémoire rochefortaise

Jacques Perrin se souvient du tournage des Demoiselles de Rochefort comme d’une immense fête à laquelle étaient conviés les habitants : "Beaucoup d’ailleurs avaient été enrôlés comme figurants. Je me souviens encore des hauts-parleurs dissimulés partout dans la ville, et des gens qui connaissaient par coeur nos chansons, celle de Maxence ou de Delphine".
Tout se passait en plein air, tout le monde profitait du spectacle et des 40 000m2 de façades du centre-ville repeintes aux tons pastels pour les besoins du film. Durant trois mois, la place Colbert vivait au rythme de la musique diffusée en permanence, et des très nombreuses prises nécessaires de La Chanson d’un Jour d’été

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Publié le Mardi 12 juillet 2016.
Marie Moussié
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