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La B.O. de Blow Up par Herbie Hancock

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Déjà quinquagénaire, Michelangelo Antonioni réalise Blow Up en 1966, inspiré de la nouvelle Les Fils de la Vierge (Las Babas del Diablo) de Julio Cortàzar. L’intrigue prend place dans le "Swinging London" des années 60, dont le jeune photographe et principal protagoniste Thomas est le produit stéréotypé. Au volant de sa Rolls Royce Silver Cloud III, on le suit dans la capitale anglaise où règne la superficialité liée à la mode et au mouvement Mod même.

"Let’s have some noise, can we ?"

La bande sonore du film fut composée en grande partie par le musicien Herbie Hancock, déjà populaire grâce à son apport au second quintet de Miles Davis. La formation rassemble alors les "têtes d’ampoules" du jazz : Herbie Hancock en premier, capable de jouer le premier mouvement du Concerto No.5 en ré majeur de Mozart à seulement onze ans. Le jazz, il le découvrait ado en écoutant des enregistrements d’Oscar Peterson et George Shearing.

Ainsi le quintet développe une musique si savante durant les années 60 qu’il devient complexe de repérer les changements d’accords à l’oreille, principalement grâce aux rythmes très novateurs qu’il entraîne au piano. Cependant l’ensemble reste absolument accessible, ce qui leur vaut un succès immédiat. 

De même pour ses propres albums comme Empyrean Isles (1964) et Maiden Voyage (1965), où il s’accompagne des brillants Freddie Hubbard à la trompette, George Coleman au saxophone ténor, Ron Carter à la contrebasse et Tony Williams à la batterie. En 66, Hubbard et Carter participeront à l’enregistrement de la BO de Blow Up.

"Against the beat"

Un contre-pied à l’époque : confier la musique de Blow Up à un musicien de jazz. Une raison bien précise anime le choix d’Antonioni : dans les années 60, les séances photo de mode sont accompagnées de musique dite cool et le jazz figurait en premier choix. Et puis dans l’esprit du réalisateur, la bande sonore doit s’accorder avec l’action, et au détail près.

Il paraît naturel de saisir Herbie Hancock et son groupe à l’occasion : en effet leurs improvisations s’axent sur des variations complexes et nombreuses (rythme et déclinaisons d’accords) autour d’un thème, donnant l’impression de transitions inexistantes dans les morceaux. Mais elles sont bien là.

Les essais avec des musiciens anglais ne le satisfaisant pas, Herbie Hancock préféra enregistrer la BO avec des musiciens américains à New York dont Joe Newman, Phil Woods, Joe Henderson, Jim Hall, Jack DeJohnette, Jimmy Smith et Paul Griffin.

Comment fait on correspondre une musique aussi sophistiquée, profonde, avec l’intérêt pour les apparences porté par le film ? Comme pour Antonioni la musique d’un film doit être discrète, il la fait par exemple sortir directement d’un phonographe ou d’une autoradio. A volume faible, elle accompagne de manière très calculée les séances photo, les clics des appareils et les changements de poses des mannequins. Herbie Hancock a d’ailleurs eu un peu de mal à voir ses compositions estompées par le réalisateur.

Le tempo rapide est employé lors des séances photo, marquant le changement d’attitude de Thomas. D’abord distant puis enthousiaste, il se laisse envahir par son envie de créer et ne considère plus la photo de mode comme alimentaire. Pour un moment.

Hancock’n’Roll

Au sein des compositions de Hancock et son band on trouve des éléments liés de très près au rock’n’roll, en particulier l’emploi des guitares. Antonioni crée ainsi la cohérence avec le Londres des années 60. L’album de la bande sonore inclut le morceau Stroll On, une reprise à la débrouille d’une chanson de Tiny Bradshaw par les Yardbirds période Beck-Page aux guitares.

Dans le film ils interprètent Stroll On sur la scène du Ricky Tick, vrai club londonien. A la manière des Who sur demande d’Antonioni, raison pour laquelle le chanteur des Yardbirds s’excite derrière son micro et que Jeff Beck casse sa (fausse) guitare. Habituellement, c’est pas trop son genre.

Notons également la présence de deux morceaux (un instrumental et un chanté) des Lovin’ Spoonful dans le film, absentes du premier LP de 66.

Blow Up remporte la Palme d’or au Festival de Cannes 1967 malgré la polémique suscitée par la vision des corps nus des jeunes Jane Birkin et Gillian Hills. En 1968, Hancock est renvoyé du quintet car il aurait trop paressé durant sa lune de miel au Brésil. Il forme alors son propre groupe, et réalisera les bandes originales d’autres films comme Un Justicier dans la Ville avec Charles Bronson ou Autour de Minuit de Bertrand Tavernier.

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Publié le Mercredi 6 avril 2016.
Marie Moussié
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