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Lysiane Biagini, repéreur de décors de cinéma

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Lysiane Biagini, repéreur de décors de cinéma, ayant travaillé entre autres pour Arnaud Desplechin et Jacques Audiard nous a fait le plaisir de nous en dire un peu plus sur sa profession.

En quoi consiste votre métier ?

Le métier de repéreur consiste à trouver des lieux et décors naturels pour l’élaboration d’un projet de long métrage, fiction, publicité, événementiel... Nous répondons à une demande artistique et contribuons à la "mise en réalité" des lieux et ambiances imaginées par le réalisateur. C’est un métier plutôt solitaire contrairement à l’ambiance familiale et pleine d’effervescence du plateau. Le repéreur a pour mission de trouver le décor "juste" répondant également aux contraintes logistiques de la production.

De quelle manière procédez-vous pour trouver les lieux de tournage ? Quelles sont les étapes ?

Après lecture du scénario pour un long métrage, un entretien a lieu avec le réalisateur, son assistant, le chef décorateur et le directeur de production. Nous définissons ensemble des priorités et des souhaits artistiques. On me communique alors les périodes des tournages, les contraintes éventuelles. A partir de ces données, je sélectionne différents secteurs de recherche, je lance des contacts, effectue des recherches par mon réseau et internet. Il ne faut pas rester trop longtemps coincé derrière son ordinateur car la prospection sur le terrain est essentielle. Par exemple, pour des décors d’appartements, maisons, des annonces peuvent être déposées. On évite de donner trop de détails, car les propriétaires d’appartements ont souvent des visions très précises de leur logement. On peut aussi démarcher des commerçants selon le type de décors recherchés.  Il est également possible de faire paraître des publications dans la presse locale ou sur les sites des mairies. Lorsqu’on est en quête d’un lieu, toute diffusion locale est un réel outil de recherche. Aujourd’hui, il est également possible de passer par les réseaux sociaux. Il existe aussi des agences de repérages, nous pouvons faire appel à leurs services pour des intérieurs mais la vocation du repéreur est de proposer des lieux qui n’ont pas été filmés et dont l’identité correspond à l’esprit du film. En ce qui concerne les établissements publics, il faut faire appel à ses relations :  comme pour une enquête, il faut essayer d’aller jusqu’à la bonne personne pour obtenir le lieu souhaité. On passe aussi beaucoup par les services de communication. Il faut savoir qu’en France, les lieux publics sont de plus en plus ouverts aux tournages, y compris en province où un film peut offrir une réelle publicité à une ville ou à une région. Il faut savoir que notre recherche ne concerne pas que les intérieurs mais aussi, des paysages, des routes, des lieux atypiques…pour des projets contemporains ou historiques. A Paris, si nous avons une recherche d’écoles, d’établissements municipaux, nous effectuons notre demande auprès de la « Mission cinéma », un bureau dédié aux tournages et aux demandes d’autorisations.

Lorsque vous trouvez un lieu qui vous semble adéquat, est-ce votre rôle de faire toutes les démarches administratives pour que le film y soit tourné ?

Non, ça l’est beaucoup moins qu’aux États-Unis où les repéreurs s’occupent de l’organisation logistique autour du décor. Ce sont des « location manager ». En France, le repéreur a vraiment pour mission de rechercher les lieux de tournage, même s’il est vrai que l’on s’occupe des premières démarches en vue d’obtenir les autorisations.  En tant que repéreur, nous restons concentrés sur l’aspect artistique mais nous ne négligeons pas évidemment certaines questions comme l’accessibilité pour l’équipe technique, les tarifs de locations, les contraintes sonores éventuelles. Ces paramètres sont traités avec le soutien du régisseur général. Nous faisons également le lien entre les propriétaires, le gestionnaire, l’équipe de production et de mise en scène. Nous expliquons au mieux le déroulement du projet et mettons en confiance nos interlocuteurs lors d’un rendez vous de repérage.

En moyenne, combien de temps mettez-vous à trouver un lieu et à l’obtenir pour un tournage ?

C’est très variable : cela peut aller de quelques jours à plusieurs semaines. Il n’y a pas de règles … Cela dépend de plusieurs paramètres: le temps de recherche , les souhaits du réalisateur , l’aspect financier… On peut aussi avoir beaucoup de chance et visiter le bon lieu très rapidement. Depuis deux ans, avec d’autres repéreurs, nous nous sommes regroupés pour monter l’Association des repéreurs afin de fédérer nos métiers auprès des professionnels du cinéma et de jouir d’une meilleure visibilité. Cela nous permet aussi d’être en lien avec d’autres associations de professionnels qui sont nos interlocuteurs. La plupart d’entre nous travaillent beaucoup à Paris mais exercent également ce métier en province .

Le prénom, un Conte de Noël, Un prophète… Autant de films pour lesquels vous avez travaillé et qui prennent place dans des lieux assez clos ! Est-ce qu’on peut parler de hasard, ou est-ce votre style propre ?

Pour Le Prénom, j’ai surtout travaillé sur les vignettes (petites scènes) de Patrick Bruel apparaissant au début et à la fin du film ainsi que sur la vue découverte  depuis les fenêtres de l’appartement, le tournage ayant été entièrement réalisé en studio.
Pour Un Prophète de Jacques Audiard, la production m’a demandé une pré-recherche pour le décor de la prison. Je suis entrée en contact avec les services appropriés en France mais également des contacts et visites à l’étranger. Nous nous sommes rapidement rendus compte que nous ne pourrions pas avoir suffisamment de latitude et de temps pour tourner dans un établissement en fonction et que les rares établissements désaffectés étaient trop dégradés. Il a fallu trouver des lieux qui rappelaient l’univers carcéral sans en être un pour autant. L’équipe de repéreurs après plusieurs semaines de recherche dans toute la France a trouvé une entreprise en Île-de-France qui avait fermé ses locaux. Le chef décorateur avait une très bonne base puisque le lieu en question était notamment composé d’une cour intérieure qui pouvait rappeler celle d’une prison.
Arnaud Desplechin est quelqu’un de très précis. Certains réalisateurs comme lui ont des exigences très claires, ce qui facilite grandement le travail du repéreur car on sait tout de suite quoi chercher.
En ayant travaillé avec Christophe Honoré, je me suis rendue compte qu’il était très attaché à l’identité de ses lieux de tournage. Il leur reste fidèle au travers de ses films. Tous se passent dans des quartiers précis qu’il est possible de deviner. Pour Non, ma fille, tu n’iras pas danser on a tourné en partie dans le 14e. 

Quel a été votre plus grand défi pour un film ?

Je ne sais pas si j’ai eu affaire à un très grand défi , mais il y a plein de petits défis tout au long de nos recherches ! Dernièrement , pour le film L’embarras du choix, avec un confrère, Lionel Guerrini, nous avons écumé beaucoup de restaurants de Paris. Le réalisateur avait pour souhait de privatiser un vrai commerce sur plusieurs semaines, ce qui ne coule pas forcément de source pour un restaurateur, surtout en plein été ! D’autres contraintes s’ajoutaient à cela puisqu’ il fallait également dans le restaurant une cuisine qui puisse accueillir une équipe de tournage. L’environnement extérieur du restaurant avait également son importance. Le café Lumière semblait beaucoup plaire au réalisateur, mais le lieu était trop petit. Après plusieurs semaines de recherches, la production et l’équipe de mise en scène ont sélectionné cette adresse dont l’ambiance et les extérieurs correspondaient le mieux aux attentes du réalisateur.
L’équipe de décoration a investi les lieux plusieurs jours pour les aménagements et transformations. La cuisine à été filmée ailleurs.

Et votre meilleur souvenir ?

Les meilleurs souvenirs d’un repéreur, c’est évidemment lorsqu'on entre dans un lieu et que celui-ci vous fait battre le coeur d’excitation car c’est LE décor !!! Notre satisfaction est celle d’avoir pu participer et contribuer par notre savoir-faire et passion du cinéma à l’élaboration artistique d’un film.

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Publié le Mercredi 1 mars 2017.
Shoreh Belfond
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