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Loïc Cascarino nous parle du métier d'ensemblier

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Loïc Cascarino, qui a notamment travaillé pour les films La Jalousie de Philippe Garrel ou encore Marguerite et Julien de Valérie Donzelli, nous a fait le plaisir de nous éclairer sur une profession peu connue du cinéma, le métier d'ensemblier.

Comment résumeriez-vous le métier d’ensemblier à quelqu’un qui ne connaît pas cette profession ?

L’ensemblier est la personne qui va s’occuper d’un décor au sens large du terme, dans sa globalité esthétique, psychologique et dans la représentation la plus fidèle possible aux personnages. Psychologique, car de la même manière qu’un comédien tente de rentrer dans la peau d’un personnage, j’essaie de recréer un univers en adéquation avec le personnage. Lorsque vous effectuez ce travail, vous devez composer en respectant quatre éléments : le scénario, le réalisateur, le chef-décorateur et le budget. On utilise les informations que l'on a et nous composons avec l'ensemble de ces éléments. Il s'agit alors de proposer des univers au décorateur qui lui, continue de nous guider dans sa vision globale du projet. Le travail le plus important d’un ensemblier est donc de retranscrire l’intériorité d’un personnage au travers de son appartement, de son milieu de vie, mais il peut aussi s’agir de recréer un lieu précis (comme un hôpital par exemple) ou une époque. C’est un métier d’équilibriste : il faut composer avec ce qu’on a, entre contraintes et libertés, et il faut que l’espace que l’on aménage soit cohérent, tout en composant avec sa propre sensibilité. Il faut noter qu’il y a très souvent concertation avec le chef-décorateur. Ce dernier peut proposer des tendances, par exemple, et nous évoluons main dans la main. Il faut noter que le décorateur est le chef d'orchestre et que l'ensemblier, même si nous travaillons main dans la main, apporte un ensemble qui correspond à ce que le décorateur recherchait à exprimer dans son décor. Il faut une totale cohérence avec les personnages, une véritable capacité à se mettre dans leur peau. Tout ne doit pas forcément être de bon goût…

 

En un sens, vous vous occupez principalement de sélectionner et de disposer les objets sur le plateau ?

Pas seulement ! L’ensemblier participe également à la mise en lumière des décors. Le directeur de la photographie est en effet présent pour quelques décors assez spécifiques, mais c'est l'ensemblier qui choisit les lampes présentes dans le film puisqu'elles contribuent pleinement à la décoration d'un plateau. Dans des films avec de très gros moyens, il peut être plus présent. Dans le cas d’un cinéma plus expérimental, par exemple, sa présence est cruciale.  L’ensemblier participe donc à toutes les contraintes de régie, de mise en scène… C’est un véritable jeu d’équilibriste pour lui, car il faut aussi savoir que les décors sont susceptibles de changer. Il m’arrive régulièrement, par manque de temps par exemple, de faire des décors sur photographie ! Sur un film de Pascal Thomas, j’ai même fait un décor sans connaître le lieu de tournage qui n’a été trouvé qu’au dernier moment. Cela est rare, mais ça arrive. Il faut faire preuve d’une véritable souplesse, ce métier est très mouvant , il y a énormément d’instabilité.

 

Pour quelles raisons avez-vous choisi de travailler dans le domaine du cinéma ?

Personnellement, je suis tombé dedans quand j’étais jeune. Mon père travaillait dans ce domaine, mais il était aussi antiquaire et brocanteur. J’ai toujours été entouré de belles choses, d’objets différents… Evidemment, cela m'a bien aidé !

 

Avez-vous fait des études spécifiques pour travailler dans la décoration de cinéma ?

Pas du tout, je suis complètement autodidacte. Dans ce domaine de métiers, il y a vraiment des possibilités d’arriver à des postes intéressants et à responsabilité, même sans avoir fait d’études spécifiques. Il faut évidemment se former au fur et à mesure et pratiquer. Une autre qualité primordiale est le fait de savoir s’adapter, d’être réactif. Chaque décor doit être unique, toujours dans un lieu différent. Les situations varient aussi beaucoup : du loft d’un millionnaire, au bureau d’un maire, à un squat de réfugiés... Il faut savoir adapter un univers à un type particulier d’existence , à un espace, à l’histoire et aux personnages.

 

Vous avez travaillé avec des cinéastes ayant des esthétiques assez spécifiques, tels que Philippe Garrel ou encore Valérie Donzelli, les tournages se passent-ils de façon très différente d’un cinéaste à l’autre ?


Philippe Garrel
est très précis. Généralement, lorsqu’un réalisateur arrive dans un décor, ce dernier est déjà terminé. Ce fut le cas pour le film La Jalousie, par exemple. Par contre, avec Valérie Donzelli, pour le tournage de Marguerite et Julien, nous disposions d’un mois de tournage dans un immense château. La réalisatrice est venue en amont. Elle était en confiance, est arrivée, a transformé quelques petites choses, choisis de placer une esthétique bien à elle. Dans Marguerite et Julien, c’était génial car il fallait un véritable mélange de styles et d'époques dans un château de 400m2 complètement vide. Il s’agissait de faire de la construction pure et dure et je disposais de beaucoup de liberté. Parfois il y a aussi des surprises car je travaille à partir de projections que je me fais dans la tête ! Tout n’est pas calibré comme en architecture, à part sur de gros tournages.

 

Quel a été votre plus grand défi sur un tournage ?

Pour moi il s’agit du film de Valérie Donzelli : meubler un château de 400m2 pour un conte intemporel !

 

C 046 Chateau Des Ravalet Tourlaville 11 MAR 11

 

 

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Publié le Mardi 14 février 2017.
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