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Romy Schneider, héroïne bouleversante dans La Passante du Sans-Souci

  • Romy 590

C’est ce que l’on appelle, dans le jargon cinématographique, un film testamentaire. Dans le cas de Romy Schneider, le dernier tour devant la caméra s’appelle La Passante du Sans-Souci. Réalisé en 1981 par Jacques Rouffio, le film est une adaptation du roman éponyme de Joseph Kessel, publié en 1936. L’histoire est celle de Max Wiener, un jeune garçon juif dont la famille fut décimée par les nazis. Son chemin croise celui d’Elsa Wiener, immigrée allemande se produisant dans des cabarets parisiens, qui ne tarde pas à la prendre sous son aile telle une mère de substitution. Impulsé par Romy Schneider en personne, littéralement fascinée par ce texte dont les échos lui rappellent sa jeunesse dans l’Allemagne du IIIème Reich, le projet mis en route au printemps 1981 connaîtra moults complications en raison des problèmes de santé et des drames de la vie de la star, qui ne cesseront de venir compliquer le tournage d’un film peut-être un peu trop personnel pour son interprète principale.

Il y a d’abord eu cette blessure à la jambe, venue repousser le tournage du film de trois mois. Lorsqu’enfin celui-ci doit débuter au mois de mai 1981, c’est un autre problème de santé de l’actrice, beaucoup plus grave cette fois-ci, qui vient tout remettre en question : l’ablation du rein droit. Romy Schneider doit alors subir une opération, nécessitant par la suite plusieurs semaines de repos. A ce moment-ci, les producteurs allemands prennent peur et la suite des évènements ne viendra pas vraiment les rassurer. Le 5 juillet 1981, la comédienne allemande vit certainement le pire drame de sa vie lorsqu’elle perd son fils David, qui se tue accidentellement, à seulement quatorze ans, en escaladant la grille du jardin de ses grands-parents paternels à Saint-Germain-en-Laye. Un traumatisme insupportable pour l’actrice, qui sombre alors dans une profonde dépression. A cette époque, l’idée de continuer l’adaptation de La Passante du Sans-Souci avec Romy Schneider en tête d’affiche n’est plus vraiment d’actualité. En effet, les compagnies d’assurance refusent de la couvrir, en raison de ses récents problèmes de santé et pour son état psychologique, faisant craindre aux producteurs du film, un éventuel suicide de la star. Pire encore, les producteurs allemands envisagent de la remplacer par l’autre comédienne vedette d’outre-Rhin de l’époque, l’égérie fasbinderrienne Hanna Schygulla. Heureusement, Jacques Rouffio ainsi que le producteur Raymond Danon (tous deux imposés par Romy Schneider dès l’origine du projet, tout comme Michel Piccoli) négocient fermement pour garder leur actrice vedette. Dans le même temps, l’ex interprète de Sissi, se fait convaincre par son amie, la comédienne Simone Signoret, de faire ce film qui lui tenait tant à cœur. Ainsi, après des mois de retard sur le plan de travail, le tournage du film commence enfin, en octobre 1981. 

Quand la fiction rejoint la réalité

Par rapport au texte d’origine de Joseph Kessel qui se déroulait exclusivement dans les années 1930, le réalisateur Jacques Rouffio a rajouté une deuxième époque. En effet, le film se déroule à la fois dans les années précédant la Seconde Guerre Mondiale mais également à l’époque contemporaine. Pour le cinéaste, le choix de cette seconde période se jsutifie afin de montrer que le fascisme a continué de perdurer, et que les assassins des années 1980 peuvent être aussi terribles qu’à l’époque du nazisme. La Passante du Sans-Souci est donc un film construit comme une alternance entre le passé et le présent, correspondant aux différents âges de la vie du jeune Max Wiener, imaginé initialement par Joseph Kessel. Qui dit deux époques montrées, dit également deux rôles pour Romy Schneider. Il y a tout d’abord la chanteuse Elsa Wiener du roman, mais aussi Lina Baumstein, épouse de Max à l’époque moderne, découvrant consternée le passé tragique de son mari. Le film se révèle particulièrement éprouvant à tourner pour l’actrice tant certaines scènes rentrent en résonnance avec sa propre vie, à l’image des scènes tournées avec Wendelin Werner, l’interprète de Max enfant. En effet, difficile de ne pas y voir des liens quant au drame que constitue la perte de son fils, qui avait à peu près le même âge que le jeune acteur. Une scène résume assez bien cette frontière assez mince entre la fiction et la réalité : le passage du solo de violon de Max dans le restaurant, face à une Elsa Wiener / Romy Schneider en larmes. Une séquence bouleversante, qui restera comme l’une des plus emblématiques dans la filmographie de la comédienne.

Bénéficiant d’une restauration 4K, La Passante du Sans-Souci vient de ressortir en salles. L’occasion de découvrir, ou redécouvrir, l’une des plus belles performances de Romy Schneider, à l’image d’Hélène, Rosalie ou Clara, ces héroïnes mélancoliques campées par la star dans de grands succès du cinéma français des années 1960 et 1970. Elsa Wiener et Lina Baumstein viendront compléter la longue liste de personnages, aussi légers que graves, interprétés par la comédienne allemande, dont l’influence auprès des jeunes actrices ne s’est jamais démentie depuis.

La Passante du Sans-Souci de Jacques Rouffio

Ressortie en salles le 23 janvier 2019

Version restaurée 4K par TF1 Studio, avec le soutien du CNC, à partir du négatif image original et du magnétique français.

Travaux numériques réalisés par le Studio Eclair

Publié le Mardi 29 janvier 2019.
Antoine Le Fur
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