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Robert de Niro et Jean Reno, samouraïs modernes et parisiens dans Ronin

  • Ronin 590

Ronin de John Frankenheimer appartient à cette catégorie de films américains entièrement tournés en France. Presque un genre cinématographique à part entière. Il faut dire que le réalisateur du Prisonnier d’Alcatraz n’en est pas à son coup d’essai en matière de films ayant pris l’Hexagone pour toile de fond. L’histoire d’amour entre John Frankenheimer et la France a débuté en 1964 lorsqu’il est venu y tourner son film Le Train, dans lequel Burt Lancaster y donnait la réplique à Jeanne Moreau. Puis, deux ans plus tard, il y a eu Grand Prix, dont une partie de l’histoire se passait en Auvergne. Enfin, en 1975, le cinéaste a posé ses caméras dans le sud de la France afin d’y tourner French Connection 2, la suite du film culte de William Friedkin, sorti quatre ans plus tôt. Lorsqu’il revient filmer les premières scènes de Ronin en 1997, cela fait donc plus de vingt ans que John Frankenheimer n’a pas choisi la France comme décor d’un de ses films. Pour l’occasion, le réalisateur a réuni un véritable casting de stars, mêlant vedettes hollywoodiennes et françaises. Du côté des Anglo-Saxons, il y a bien évidemment Robert de Niro, ainsi que les Britanniques Natasha McElhone, Jonathan Pryce et Sean Bean. Du côté des Français, le casting est composé de Jean Reno, Michael Lonsdale, Féodor Atkine et Amidou. Une distribution de rêve pour un film qui s’est imposé, au fil du temps, comme un véritable classique du polar.

Le titre du film, assez énigmatique, renvoie à l’univers des samouraïs. Dans le Japon médiéval, le Ronin était un samouraï déshonoré, à la suite de la mort de son seigneur qu’il n’avait pas pu défendre. Sa vie était ensuite guidée par la vengeance, afin de tuer à son tour le meurtrier de son maître. Une fois cette mission remplie, le Ronin devait se donner la mort par seppuku, c’est-à-dire en se tranchant le ventre. Dans le film de John Frankenheimer, l’histoire de ces guerriers japonais déchus sert donc à illustrer, de manière métaphorique, le destin des personnages. Car Ronin est le récit d’anciens soldats de la guerre froide. Louant leurs services à des commanditaires anonymes, ils se retrouvent missionnés par une jeune Irlandaise, leur demandant de dérober une mystérieuse mallette détenue par une équipe adverse composée d’une douzaine d’hommes. Cette mission périlleuse amènera ces samouraïs des temps modernes à sillonner la France, au péril de leur vie. Ayant coûté la bagatelle de 70 millions de dollars, Ronin s’impose comme le record de l’époque du film le plus cher à avoir été tourné dans l’Hexagone. Le tournage a duré cinq mois, de novembre 1997 à mars 1998, et s’est déroulé aussi bien à Paris qu’en régions. Parmi les lieux facilement identifiables de la capitale, on retrouve les ponts Bir-Hakeim et Alexandre-III, la station de métro Porte des Lilas ou encore le Zénith de Paris. Concernant le tournage en province, John Frankenheimer a filmé ses acteurs dans le sud de la France, se partageant entre les Bouches-du-Rhône (Arles, Les Baux-de-Provence) et les Alpes-Maritimes (Villefranche-sur-Mer, Cannes, La Turbie, Nice).

Cascades impressionnantes

Le succès de Ronin est notamment dû au soin méticuleux que John Frankenheimer a souhaité accorder aux cascades dans son film. Le réalisateur désirait mêler grand spectacle et réalisme, interdisant les trucages et l’utilisation de voitures travelling. Parmi les autres prérogatives du cinéaste, il y avait surtout l’envie de tourner entièrement en direct et de ne pas tricher quant à la vitesse des caméras. Afin de régler le problème, la production a donc fait appel à des pilotes professionnels, parmi lesquels on retrouve le Français Jean-Pierre Jarier, bien connu des amateurs de Formule 1. Grâce à cela, il fut donc possible de faire rouler des voitures à 160 km/h, à l’image de la scène se passant dans le tunnel des Halles. Les automobiles sont d’ailleurs, outre les comédiens, les autres stars du film. Pour s’en rendre compte, il suffit encore de regarder les chiffres. Plus de 300 véhicules ont été utilisés lors de la scène du périphérique à contresens. Et ce sont au total 80 voitures qui furent détruites durant le tournage. Ronin, le film de tous les superlatifs !

Bien évidemment, afin d’apporter le maximum de réalisme, les acteurs furent mis à contribution dans la réalisation des cascades. Deux techniques furent surtout utilisées, afin de rendre les scènes plus vraies que nature tout en assurant la sécurité des comédiens. Soit ces derniers tenaient un faux volant sur un faux tableau de bord pendant que les commandes étaient prises à droite par un pilote qui était hors-champ. Soit la voiture n’était pas en marche mais simplement tractée par un autre véhicule, sur lequel se trouvait la caméra. Même si les acteurs étaient en sécurité, il n’empêche qu’ils étaient tout de même lancés à vive allure lors du tournage de ces séquences. De quoi se mettre complètement dans la peau de ces Ronin des temps modernes, qui ont fait trembler les routes de l’Hexagone !

Crédit photo : IMDB

Publié le Mercredi 26 juin 2019.
Antoine Le Fur
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