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Marina Vlady, héroïne d'un Paris en pleine mutation dans Deux ou trois choses que je sais d'elle

  • Vlady 590

À première vue, on pourrait penser que la star de ce film de Jean-Luc Godard, sorti en 1967, c’est Marina Vlady (photo). Cela n’est pas totalement faux. Après Jean Seberg, Brigitte Bardot ou Anna Karina, voici donc une nouvelle égérie godardienne. À l’époque du tournage du film, à l’été 1966, la comédienne française a déjà plus de quinze ans de carrière elle. Prolifique et totalement bilingue, l’actrice tourne aussi bien en France (Avant le déluge d’André Cayatte, 1955 ; Toi, le venin de Robert Hossein, 1958 ; La Princesse de Clèves de Jean Delannoy, 1961…) qu’en Italie (La Fille dans la vitrine de Luciano Emer, 1961 ; La Steppe d’Alberto Lattuada, 1962 ; Le Lit conjugal de Marco Ferreri, 1963…). Avec Deux ou trois choses que je sais d’elle, Marina Vlady trouve certainement l’un des rôles les plus emblématiques de sa filmographie. Celui de Juliette Janson, une épouse et mère ordinaire, vivant dans un grand ensemble de banlieue parisienne, récemment construit. En apparence sans histoire, la ménagère trompe toutefois l’ennui en s’adonnant à la prostitution en compagnie d’une amie.

Quelques mois avant la sortie en salles du Belle de Jour de Luis Bunuel où il est également question d’une femme se prostituant dans le dos de son mari, Jean-Luc Godard signe un film où la fiction rencontre le documentaire et inversement. À l’origine des choses, le réalisateur d’À bout de souffle souhaitait réaliser une adaptation cinématographique de la nouvelle Le Signe de Guy de Maupassant, dans laquelle une baronne se laissait tenter par la prostitution. Mais c’est surtout un article de presse qui a servi de base principale à Deux ou trois choses que je sais d’elle. Dans le Nouvel Observateur du 23 mars 1966, Jean-Luc Godard tombe sur une enquête de la journaliste Catherine Vimenet, qui s’intitule « Les étoiles filantes ». Derrière ce titre énigmatique se cache une réalité qui s’est développée en même temps que les grands ensembles de la région parisienne : la prostitution occasionnelle de certaines ménagères. Comme le montrera la romancière Marie Cardinal (également actrice dans le film de Jean-Luc Godard) dans son roman Cet-été là paru en 1967 aux Nouvelles Éditions Oswald, les « étoiles filantes », ce sont des femmes dont le milieu modeste ne laisse pas d’autre choix que celui du trottoir. Si dans les faits, ces dernières s’adonnent au plus vieux métier du monde pour subvenir aux besoins du ménage, dans le film de Jean-Luc Godard, cela est quelque peu différent. Exit les chambres de passes miteuses et l’objectif premier de nourrir ses enfants. Place aux beaux hôtels et vêtements à la mode. Car si la Juliette Janson du film se prostitue, ce n’est pas tant par obligation que par choix, afin de se faire plaisir financièrement sans dépendre de l’assistance d’un quelconque mâle.

Paris et les Trente Glorieuses

Mais plus que Marina Vlady, la vraie star de Deux ou trois choses que je sais d’elle, c’est Paris. Ou plutôt sa banlieue qui, en cette période prospère des Trente Glorieuses, est en pleine transformation. Aux portes de la capitale se construisent alors de grandes barres d’immeubles, afin d’accueillir des familles. Jean-Luc Godard observe ce phénomène d’urbanisation de l’Île-de-France avec un regard comparable à celui d’un sociologue. Le tournage du film se fait à la très moderne cité des 4000 à La Courneuve, qui à cette époque, représente une certaine révolution immobilière.

Rétrospectivement, Deux ou trois choses que je sais d’elle n’est peut-être pas le film le plus célèbre de cette première partie de la carrière de Jean-Luc Godard. Il est vrai qu’il n’a pas eu la postérité de certains de ses autres longs-métrages, devenus de véritables objets cultes à l’image d’A bout de souffle (1960), Le Mépris (1963), Pierrot le fou (1965) ou encore Masculin féminin (1966). Néanmoins, Deux ou trois choses que je sais d’elle reste un film godardien par excellence, se fondant on ne peut mieux dans le courant de la Nouvelle Vague. Parmi les coproducteurs, on retrouve le confrère et ami de longue date, François Truffaut. Mais surtout, le film est un condensé des différentes thématiques (idéologiques et esthétiques) de Jean-Luc Godard. Parmi les plus notables, citons celle sur l’impérialisme américain avec le discours sur la guerre du Viêt-Nam ou bien le jeu si particulier de ses comédiens. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Deux ou trois choses que je sais d’elle, bonne nouvelle, Tamasa Distribution a décidé de le ressortir en salles. Depuis le 10 juillet, il est donc possible de voir ou revoir les singulières aventures de Marina Vlady alias Juliette Janson. Après cela, vous connaîtrez au moins deux ou trois choses essentielles sur cette légendaire comédienne ainsi que sur le cinéma de Jean-Luc Godard !

Plus d'informations : ICI

Crédit photo : Courtesy Rialto Pictures

Deux ou trois choses que je sais d'elle de Jean-Luc Godard

Avec Marina Vlady, Anny Duperey...

France - 1967 - 87 minutes - Couleur - Scope

Visa n°32167

Au cinéma depuis le 10 juillet

Publié le Lundi 15 juillet 2019.
Antoine Le Fur
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