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Louis Jouvet en vieux routier de la P.J. dans Quai des Orfèvres

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En 1947, Bernard Blier a retrouvé les kilos perdus pendant la guerre, et joue à nouveau un homme qui a épousé une femme trop belle pour lui dans Quai des Orfèvres, chef d’œuvre d’Henri-Georges Clouzot. La femme, c’est Suzy Delair, alors compagne de Clouzot, qui incarne une chanteuse et entonne dans le film deux chansons de Francis Lopez et André Hornez qui deviendront d’immenses « tubes » de l’après-guerre : Avec son tralala et Danse avec moi. La scène où Suzy Delair rentre chez elle après un spectacle, ouvre son manteau de fourrure et apparaît en guêpière devant un Blier dont l’excitation est symbolisée par l’eau qui déborde sur le réchaud, est un moment d’anthologie ! Mais la vedette du film, c’est Louis Jouvet, dans un formidable rôle de flic au verbe coloré, à la fois désabusé et humaniste, qui élève seul son fils métis, né pendant son passage dans la légion étrangère. Il doit élucider le meurtre d’un vieux débauché (le formidable Charles Dullin), que Suzy Delair a eu le tort d’approcher d’un peu trop près. Autre moment fort du film, celui où Jouvet dit à Simone Renant, qui a « couvert » Suzy Delair par amour désespéré pour elle : « Vous êtes un type dans mon genre. Avec les femmes, vous n’aurez jamais de chance ». Malgré la noirceur de son atmosphère, ce film regorge de tendresse rentrée. Il signe le retour à la mise en scène de Clouzot, qui avait été interdit de travail à la libération pour avoir, avec la Continental films allemande, réalisé Le Corbeau qui dressait le sombre portrait d’un village français. Le soutien de personnalités du cinéma comme Henri Jeanson permit de tirer Clouzot de ce mauvais pas. La présence de Jouvet, qui imposa au générique de Quai des Orfèvres plusieurs de ses amis dont Dullin, acheva de lui rendre son honneur perdu. Plus méticuleux que jamais, le réalisateur dessina des plans qui anticipaient tous les placements de caméra, et alla jusqu’à imposer à Blier de se faire réellement percer les veines, alors que son personnage devait être transfusé après une tentative de suicide. Blier se vengea le lendemain en faisant croire à Clouzot qu'il était à l'hôpital avec un début de septicémie ! Le réalisateur passa quinze jours au 36 Quai des Orfèvres, siège de la police parisienne, pour se pénétrer de l’ambiance, mais le film fut presqu’entièrement tourné dans des décors signés Max Douy, aux studios de Neuilly et Saint-Maurice. C’est en revanche le véritable restaurant La Pérouse, Quai des Grands Augustins, qu’on aperçoit brièvement lorsque Dullin y reçoit Blier pour une entrevue qui s’avèrera orageuse...

Par Antoine Sire

 

Publié le Dimanche 11 mai 2014.
Beatrice Billon
Henri-Georges Clouzot, Antoine Sire, Quai des orfèvres, Cinéma, Paris, Louis Jouvet
Le film
Quai Des Orfevres

QUAI DES ORFÈVRES

de Henri-Georges Clouzot

1947

Avec : Louis Jouvet, Suzy Delair, Bernard Blier, Simone Renant, Charles Dullin,

Scénariste : Henri-Georges Clouzot et Jean Ferryd’après le roman Légitime défense de Stanislas-André Steeman

Producteur : Roger de Venloo, Louis Wipf

Distribution : Le Reflet Medicis

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