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Lino Ventura, pionnier de la Résistance dans L'Armée des Ombres

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À coup sûr, c’est l’un des films les plus importants dès lors que l’on évoque le sujet de la Résistance. Sorti sur les écrans en 1969, L’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville, adapté du roman du même nom de Joseph Kessel (Éditions Charlot, 1943), est devenu au fil du temps un véritable classique du cinéma français, dont nous fêtons aujourd’hui les cinquante ans. L’action se passe dans la France occupée de 1942. Philippe Gerbier, brillant ingénieur des Ponts et Chaussées, est soupçonné de « pensées gaullistes ». Arrêté, il s’apprête à être interrogé par la Gestapo. Mais Gerbier réussit à s’échapper grâce à l’aide de quelques complices, et parvient à rejoindre Marseille, d’où il dirige un réseau de résistants dans la plus grande clandestinité. Mais en ces temps de guerre, les arrestations et contrôles se multiplient. Gerbier tente tant bien que mal de résister, alors qu’autour de lui ses camarades se retrouvent petit à petit capturés. Lors de sa sortie en salles, le film de Jean-Pierre Melville a rencontré un beau succès public, engrangeant 1 401 822 entrées. En revanche, du côté des critiques, la chose fut moins aisée. Parmi les principales reproches adressées au film, revint souvent l’idée que L’Armée des Ombres n’était qu’un pur « produit gaulliste ». Jean-Pierre Melville était en effet un grand soutien du Général de Gaulle, figure emblématique de la Résistance, mais qui, dans les années 1960, représentait un pouvoir que la jeunesse voulait contester. Lorsque L’Armée des Ombres sort en 1969, les événements de Mai 68 sont encore dans tous les esprits et, plus qu’un témoignage historique, l’adaptation du roman de Joseph Kessel devient un véritable film politique qui divise les Français.

Avec le temps, L’Armée des Ombres a pourtant fini par mettre tout le monde d’accord et a gagné ses galons d’œuvre culte. Plusieurs fois ressorti au cinéma, il doit notamment sa renommée à son casting. Grand directeur d’acteurs, Jean-Pierre Melville a, pour l’occasion, retravaillé avec un certain nombre de ses comédiens fétiches. Dans le rôle de Philippe Gerbier, il retrouve ainsi Lino Ventura, dirigé quelques années plus tôt dans Le Deuxième Souffle (1966). Pour l’anecdote, sur le tournage, les deux hommes ne se parlaient que par l’intermédiaire d’assistants. En cause, un différent survenu lors de leur première collaboration. Mais Lino Ventura ayant été lié par contrat au réalisateur, il fut dans l’obligation de tourner un deuxième film sous sa direction. Outre l’acteur des Tontons Flingueurs, Jean-Pierre Melville collabore de nouveau avec Paul Meurisse, qui était également à l’affiche du Deuxième Souffle, et Serge Reggiani, déjà au casting du Doulos (1962). Melville, un cinéaste des plus fidèles avec ses acteurs !

Une musique inoubliable

De L’Armée des Ombres, personne n’a oublié son emblématique bande originale et la partition liée à l’exécution de Gerbier. Une musique que l’on attribue au musicien Eric Demarsan et qui servira par la suite de générique à la mythique émission « Les Dossiers de l’écran », jusqu’en 1991. Derrière cette mélodie, il faut bien le dire assez angoissante, se cache toute une histoire. En effet, ce n’est pas Eric Dermarsan qui en est l’auteur premier mais le musicien américain Morton Gould, avec son morceau Spirituals for string choir and orchestra. Au départ, Jean-Pierre Melville avait tourné la scène de l’exécution du personnage de Lino Ventura sur cette musique, en demandant à Eric Demarsan d’imiter l’œuvre originale du compositeur américain. Mais les résultats ne furent pas concluants, et les deux hommes ont donc été amenés à reprendre la musique d’origine de Morton Gould. Une genèse épique pour une musique qui, cinquante ans après, arrive toujours à produire son petit effet.

Lui-même résistant durant la Seconde Guerre Mondiale, Jean-Pierre Melville a, outre L’Armée des Ombres, consacré plusieurs films à cette période historique. Il y a d’abord eu Le Silence de la mer (1949), adapté du roman éponyme de Vercors puis Léon Morin, prêtre (1961), qui est également tiré d’un autre texte de la vie sous l’Occupation (celui de Beatrix Beck, Prix Goncourt en 1952 pour ce livre). Des films très documentés, témoignant du soin particulier apporté par le réalisateur. Pour L’Armée des Ombres, Jean-Pierre Melville s’est inspiré de véritables réseaux de résistance, à l’image de celui de Cohors-Asturies mené par Jean Gosset et René Iché ainsi que celui de la confrérie Notre-Dame mené par Gilbert Renault. Par ailleurs, le personnage de Mathilde, qu’incarne Simone Signoret, est inspiré de la célèbre résistante Lucie Aubrac. Plus qu’un classique du cinéma français, L’Armée des Ombres est donc, avant tout et surtout, un élément indispensable pour le devoir de mémoire.

 Crédit photo : STUDIOCANAL / Fono Roma

Publié le Vendredi 27 septembre 2019.
Antoine Le Fur
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