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Les apprentis gangsters parisiens de Une fille et des fusils de Claude Lelouch

  • Filles Fusils 2

Les héros d’Une fille et des fusils, tourné en 1964, sont quatre paumés (Jean Pierre Kalfon, Amidou, Pierre Barouh et Jacques Portet, qui jouent sous leur nom véritable) décidés à "passer du jour au lendemain du côté de ceux qui travaillent le moins, avec comme inconvénient majeur le bagne et la condamnation à mort".

Leur aventure à l’insouciance très "nouvelle vague" démarre sur les Grands Boulevards, si chers à Lelouch, où ils rencontrent une jeune et jolie fille qui dessine sur les trottoirs (Janine Magnan, alors compagne de Lelouch). On découvre qu’elle est sourde-muette grâce une succession apparemment chaotique d’angles de prise de vue et d’effets sonores qui en réalité servent la narration : le style du réalisateur est en marche. Ils nous mène aussitôt après jusque dans un incroyable dancing pour sourds muets : Lelouch a toujours été captivé par les habitants du silence. Ce qui n’empêche pas Une fille et des fusils de comporter une superbe musique originale, que l’on pourrait croire signée d’Ennio Morricone mais que l’on doit au génial auteur-compositeur Pierre Vassiliu.

Les  apprentis gangsters se choisissent  un quartier général près de la Porte de Saint-Ouen, autre haut lieu de la geste Lelouchienne, puis enchaînent les périples entre la banlieue et la capitale : Bois de Boulogne, carrière de Bondy, Champs-Élysées... Leurs aventures sont narrées par la voix de Gérard Sire, fidèle complice de Lelouch dans les premières années de sa carrière. Prétendument méthodiques, les compères boivent du lait, font de l’exercice physique et créent une improbable « école du crime ».

Finalement ils ont, dans l’insolence et l’amateurisme, des points communs avec le désinvolte Michel Poiccard d’A bout de souffle. Autre similitude avec le film de Godard, le goût des héros pour les westerns et films noirs. Et par conséquent divers hommages cinéphiles, avec en particulier le cinéma Napoléon, Avenue de la Grande armée, qui donne Les deux cavaliers, de John Ford dans le film de Lelouch alors que dans A bout de Souffle il projetait Westbound, également un western mais signé de Budd Boetticher.

Mais les héros d’Une fille et des fusils sont surtout annonciateurs de la bande de pieds nickelés du chef d’œuvre de Lelouch, L’Aventure c’est l’aventure, avec une même prédilection pour l’absurde : « Quand tu seras capable de kidnapper un chien, tu pourras piquer n’importe quel gosse. » Finalement ils enlèvent la doublure d’une star façon Brigitte Bardot, alors que dans L’Aventure c’est L’aventure, ils embarqueront le vrai Johnny Halliday ! L’une des dernières répliques du film, « Il faut arrêter de se faire du cinéma », résonne comme un avertissement de Lelouch à lui-même. L’année suivante, après un dernier film de copains, Les grands moments qui ne trouvera pas de distributeur, il réalise Un Homme et une femme, histoire d’amour universelle qui fera de lui un réalisateur de légende !

Par Antoine Sire

Publié le Lundi 25 avril 2016.
Beatrice Billon
Le film
Une Fille Et Des Fusils Affiche

UNE FILLE ET DES FUSILS

de Claude Lelouch

1964

Avec : Jean-Pierre Kalfon, Jacques Portet, Pierre Barouh, Janine Magnan, Amidou, Gérard Sire

Scénariste : Claude Lelouch et Pierre Uytterhoeven

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