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Isabelle Adjani et Gérard Depardieu, amants torturés dans Camille Claudel

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C’est l’histoire de deux grands acteurs se retrouvant devant la caméra d’un cinéaste qui réalise son premier film. D’une grande artiste, féministe et avant-gardiste, que le public français découvre, près d’un demi-siècle après sa mort. Camille Claudel de Bruno Nuytten est tout simplement ce que l’on appelle un classique du cinéma. L’iconique sculptrice, élève et maîtresse d’Auguste Rodin, a depuis lors fait l’objets d’autres interprétations de comédiennes sur grand écran. Songeons à la composition minimaliste de Juliette Binoche dans Camille Claudel 1915 par Bruno Dumont, au jeu discret d’Izïa Higelin pour le Rodin de Jacques Doillon, et même à l’avatar animé que l’on retrouve dans Dilili à Paris de Michel Ocelot. Toutefois, ces différentes variations n’arrivent pas à supplanter dans l’esprit des cinéphiles, celle proposée par Isabelle Adjani dans le film de Bruno Nuytten. Comme cela a souvent été le cas dans sa filmographie, l’actrice s’est investie corps et âmes dans ce projet, dont elle est à l’origine. Amoureuse, passionnée, imprévisible, Camille Claudel interprétée par celle qui fut également La Reine Margot quelques années plus tard, est définitivement inoubliable. Pour ce rôle, La comédienne recevra tout naturellement l’Ours d’argent de la meilleure interprétation féminine lors du festival de Berlin de 1989, ainsi que son troisième césar de la meilleure actrice.

Si le grand public a découvert l’œuvre de Camille Claudel grâce au film de Bruno Nuytten, et donc avec la composition hallucinée d’Isabelle Adjani, il aurait pu en être tout autrement. En effet, quelques années plus tôt, Claude Chabrol avait également songé à réaliser un biopic de la sculptrice. Le casting avait même était pensé, avec sa muse Isabelle Huppert dans le rôle titre. Le projet ne s’est finalement pas fait et pendant que le tandem Chabrol / Huppert s’activait déjà sur d’autres films, Camille Claudel par Bruno Nuytten commençait doucement mais sûrement à se préparer. Non seulement actrice, Isabelle Adjani fut également l’instigatrice du projet, qui, dans un premier temps, eut beaucoup de difficultés à se monter. Peu de cinéastes étaient intéressés quant à la perspective de réaliser un film sur la sculpture au XIXème siècle. La star s’est alors tournée vers Bruno Nuytten, qui avait partagé sa vie, afin de lui proposer de signer le film. À l’époque, ce dernier n’était pas encore connu comme réalisateur mais comme chef opérateur. Considéré comme l’un des meilleurs de la profession, il avait auparavant travaillé avec de grands noms du cinéma hexagonal tels que Bertrand Blier (Les Valseuses), Claude Miller (La meilleure façon de marcher), André Téchiné (Les Sœurs Brontë) ou encore Claude Berri (Jean de Florette / Manon des sources). Face à l’actrice, l’apprenti cinéaste lui a adjoint certainement le plus grand acteur français, pour interpréter Auguste Rodin : Gérard Depardieu. À noter que ce n’était pas la première fois que les deux stars travaillaient ensemble, puisqu’ils étaient déjà les têtes d’affiches de Barocco d’André Téchiné, en 1976. Après Camille Claudel, le tandem, aussi complice à l’écran qu’à la ville, se reformera à deux reprises au cinéma. Tout d’abord, avec le film choral Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau (2002) ainsi que dans le très déjanté Mammuth du duo Benoît Delépine / Gustave Kervern. Mais dans la mémoire collective, la réunion des deux étoiles du cinéma français restera celle proposée par Bruno Nuytten dans Camille Claudel.

Précieuses archives

Si le film de Bruno Nuytten est incontestablement l’œuvre de référence au cinéma dès lors qu’il est question de Camille Claudel, c’est aussi parce que le réalisateur a accordé un soin tout particulier quant au travail de reconstitution. Biopic mais également quasi documentaire sur la sculptrice, Camille Claudel a bénéficié de documents exclusifs prêtés par les héritiers de la famille Claudel. Ces derniers ont également laissé le cinéaste avoir accès aux nombreuses sculptures de l’artiste. Les moules originaux des œuvres de la sculptrice ont notamment été confiés au chef décorateur Bernard Vézat. Ainsi, les copies réalisées pour le film furent d’une remarquable exactitude. Lorsque les derniers plans furent en boîte, il ne resta donc comme unique solution que la destruction pure et simple de ces moules d’origine. À noter que les différentes sculptures que l’on voit à l’écran ont été réalisées par l’artiste Hervé Boutard, qui avait également confectionné d’autres sculptures au cinéma, comme avec le Molière d’Ariane Mnouchkine.

Lors de sa sortie en salles au mois de décembre 1988, Camille Claudel sera un succès aussi bien critique que public, totalisant 2 717 136 entrées en France. Le film connaîtra également une belle carrière à l’international, enregistrant plus de 23 millions de dollars. Outre celui d’Isabelle Adjani, le long-métrage remportera quatre césars supplémentaires : meilleurs décors, meilleure photographie, meilleurs costumes et, cerise sur le gâteau, meilleur film. Que ce soit pour Bruno Nuytten comme pour Isabelle Adjani ou Gérard Depardieu, il y a bien eu un avant et un après Camille Claudel. Un classique du cinéma qui vient de ressortir en salles dans une sublime restauration 4K. L’occasion de découvrir ou redécouvrir ce bijou du cinéma, qui est également l’un des plus grands films jamais réalisés sur l’art.

Camille Claudel de Bruno Nuytten

Ressortie en salles le 17 avril 2019

Version restaurée 4K, avec le soutien du CNC, en partenariat avec le laboratoire l'Image retrouvée

Crédit photo : Tamasa Distribution

Publié le Mardi 16 avril 2019.
Antoine Le Fur
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