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Harrison Ford pris au piège dans le Paris interlope de Frantic

  • Frantic

En anglais, le terme « frantic » signifie « frénétique ». Un adjectif qualifiant assez bien le voyage du personnage incarné par Harrison Ford dans le film du même nom, signé Roman Polanski. Soit l’histoire d’un cardiologue américain, Richard Walker, de passage dans la capitale française avec sa femme Sondra, pour assister à un congrès médical. Mais peu de temps après leur arrivée dans la Ville Lumière, le rêve vire au cauchemar lorsque Sondra disparaît mystérieusement. Richard part alors à sa recherche dans une ville qu’il ne connaît pas et qui lui apparaîtra peu à peu comme particulièrement dangereuse. Son chemin croisera celui de Michelle (photo), une jeune française assez étrange, qui l’aidera dans sa quête pour retrouver sa femme. Sorti sur les écrans français en mars 1988, Frantic est certainement le film le plus hitchcockien de Roman Polanski. L’ombre du cinéaste britannique plane sur ce thriller montrant un Paris inquiétant, bien loin de l’image d’Épinal que le cinéma américain véhiculait jusqu’à présent à propos de la capitale française. Comme chez Hitchcock, Polanski entretient savamment le mystère pendant toute la durée du film, perdant le spectateur dans un mélange tortueux de fausses pistes, au gré des multiples pérégrinations d’un Harrison Ford entraîné dans de biens sombres aventures, ayant pour toile de fonds les bas-fonds parisiens. Clin d’œil évident au réalisateur de Psychose, la scène de la douche que prend le héros au début du film, pendant laquelle sa femme disparaît. Décidément, près de trente ans après le classique d’Hitchcock et l’assassinat inoubliable de Marion Crane incarnée par Janet Leigh, Frantic présente de nouveau la salle de bains comme un endroit où il ne fait pas bon trop s’attarder.

Au moment où Roman Polanski réalise Frantic, ce dernier vit déjà depuis un certain nombre d’années à Paris. En effet, depuis ses démêlés avec la justice américaine dans les années 1970, le réalisateur s’est exilé en France, stoppant net sa brillante carrière hollywoodienne, composée de classiques tels que Rosemary’s Baby ou Chinatown. Pour autant, Frantic ne sera seulement que le « deuxième film » (après Le Locataire en 1976), qu’il tournera à Paris, depuis sa nouvelle vie dans l’Hexagone, débutée une douzaine d’années plus tôt. Polanski filme la capitale française comme l’immigré qu’il était, a pu la découvrir dans les années 1970. La ville montrée dans le film n’a rien de la carte postale à laquelle peuvent s’attendre les touristes. Aucune scène à la Tour Eiffel ou à Montmartre mais plutôt un long travelling sur le périphérique pour ouvrir le film, comme tout étranger rejoignant Paris depuis l’aéroport de Roissy. Parmi les autres lieux identifiés du film, on trouve notamment le très luxueux Grand Hôtel Intercontinental (où loge les époux Walker), dont l’opulence côtoie le très indien Passage Brady du dixième arrondissement. Un quartier est surtout mis en avant dans Frantic : celui de Beaugrenelle, avec son ensemble de tours à l’architecture moderne. C’est sur le Pont de Grenelle et l’Île aux cygnes que se joue le dénouement du film, et où donc se conclue le périple parisien du personnage campé par Harrison Ford. Plus précisément, au pied de la « petite Statue de la Liberté », comme un clin d’œil à l’ancienne vie américaine (personnelle et professionnelle) de Roman Polanski.

Les débuts d’une égérie

Qui dit tournage à Paris, dit casting majoritairement francophone. Face à Harrison Ford, on retrouve certains visages bien connus du cinéma français comme Yves Rénier, Gérard Klein ou Alexandra Stewart. Surtout, Frantic marque le premier grand rôle de celle qui deviendra l’épouse et la muse de Roman Polanski : Emmanuelle Seigner. Petite fille du comédien Louis Seigner et sœur de Mathilde Seigner, l’ancienne mannequin n’avait jusqu’à présent, tourné que dans un seul film, Détective de Jean-Luc Godard, en 1985. Dans Frantic, l’actrice interprète le rôle principal féminin, celui de Michelle, qui viendra en aide à celui incarné par Harrison Ford, afin de retrouver sa femme mystérieusement disparue. À la suite du tournage du film, Emmanuelle Seigner et Roman Polanski se marient et formeront ce couple d’artistes, dont l’alchimie se ressentira dans les autres films du cinéaste. La comédienne tournera à quatre autres reprises sous la direction de son réalisateur de mari (Lunes de fiel, La Neuvième Porte, La Vénus à la fourrure, D’après une histoire vraie). Toujours aussi complices, le couple est de nouveau réuni puisqu’Emmanuelle Seigner tourne actuellement dans J’accuse, le nouveau film très attendu de Roman Polanski, autour de l’Affaire Dreyfus, avec Louis Garrel dans le rôle du célèbre capitaine condamné à tort.

À sa sortie sur les écrans français, au printemps 1988, Frantic rencontrera un joli succès en salles, attirant 1 293 721 curieux. Une réussite donc, ainsi que l’histoire d’une « réconciliation » de Roman Polanski avec le public, qui l’avait boudé avec son précédent long-métrage, la superproduction Pirates, en 1986. Un film d’aventures devenu un cuisant échec commercial, rapportant seulement 6 341 000 dollars au box-office mondial alors qu’il en avait coûté 40 000 000 au départ. Si Frantic ne sera pas, postérieurement, considéré comme le meilleur film de Roman Polanski, tant d’un point de vue critique que public, il sera néanmoins vu comme l’un des longs-métrages les plus importants de la filmographie du réalisateur. Surtout, il marquera le début d’une nouvelle période dans son œuvre. Celle d’une ère éminemment européenne, avec une Emmanuelle Seigner impériale, remplaçant les actrices hollywoodiennes dirigées jusqu’à présent.

Crédit photo : IMDB

Publié le Samedi 9 février 2019.
Antoine Le Fur
Le film
Affiche_Frantic

FRANTIC

de Roman Polanski

1988

Avec : Harrison Ford, Betty Buckley, Emmanuelle Seigner, Dominique Pinon

Scénariste : Roman Polanski, Gérard Brach, Robert Towne, Jeff Gross

Producteur : Tim Hampton, Thom Mount

Distribution : Warner Bros. France

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