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Godard et Truffaut, frères pour la dernière fois pendant le festival 68

  • Jean Luc Godard Francois Truffaut Vers 1965 Credits Leon Herschtritt

Henri Langlois fut dès 1936 le fondateur de la cinémathèque française, animé par l’idée alors visionnaire que le cinéma était un art véritable dont les chefs d’œuvre devaient être conservés pour les générations futures. André Malraux, Ministre de la Culture du Général de Gaulle, eut la très mauvaise idée de le limoger en février 1968, suscitant la colère de tous les cinéphiles et notamment des cinéastes de la nouvelle vague qui créent un Comité de Défense de la Cinémathèque française dont le Président est Alain Resnais et le Président d’Honneur Jean Renoir. Le Festival de Cannes débute le 10 mai, alors même qu’à Paris, les émeutes du quartier latin sont à leur paroxysme. Bien que Henri Langlois ait été réintégré dès le 22 avril, il n’en faut pas moins pour que les cinéastes en colère décident de faire converger leur mouvement avec celui des étudiants.

Le 17 mai, le Comité de Défense de la Cinémathèque française décide une grève du cinéma avec interruption des tournages et des projections dans les salles, ainsi que la dissolution du Centre national de la Cinématographie et l'arrêt du Festival de Cannes. Le lendemain, François Truffaut se transporte sur la croisette pour animer une conférence de presse, suivi d’un Jean-Luc Godard scandalisé que la fête du cinéma puisse se poursuivre dans un tel contexte : « Je vous parle de solidarité avec les étudiants et les ouvriers, vous me parlez de travelling et de gros plan : vous êtes des cons ! ». Claude Lelouch, Claude Berri, Jean-Pierre Léaud participent au mouvement. Des membres du jury - Louis Malle, Terence Young, Monica Vitti - démissionnent. C’est aussi le cas de Roman Polanski, mais à contrecoeur, lui qui a fui la mainmise soviétique en Pologne et qui circule en Ferrari ! Robert Favre Le Bret, Président du Festival, fait tout pour sauver les meubles mais le réalisateur espagnol Carlos Saura s’accroche aux rideaux pour empêcher la projection de son propre film, Peppermint Frappé. Plusieurs autres réalisateurs demandent le retrait de la compétition pour leurs films. Le conseil d'administration décide finalement de clore le festival le dimanche 19 mai à 12h, aucun prix n’étant remis cette année-là.

Le 21 mai les cinéastes rebelles rentrent victorieux à Paris où ils veulent faire de l'IDHEC et de l'école de cinéma de la rue de Vaugirard le cœur de la résistance. En juin, les élections législatives confirment le pouvoir Gaulliste, mais le festival interrompu restera dans l’histoire du cinéma comme l’un des derniers faits d’armes communs de Truffaut et de Godard, dont les trajectoires professionnelles et personnelle ne cesseront de diverger pendant les années 1970.

 

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Publié le Jeudi 18 mai 2017.
Stephie Ngo
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