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Gabin mène la guerre des gangs Paris-Marseille dans Miroir

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Dans notre série "film mystérieusement négligé par la postérité", voici un excellent film de 1947 avec Gabin, disponible en DVD.

Peut-être l’oubli dans lequel est tombé Miroir s’explique t-il par le fait que son réalisateur, Raymond Lamy, n’a fait qu’une bien modeste carrière. C’était pourtant un homme-orchestre du cinéma, qui avait débuté comme opérateur à la Gaumont avant de devenir opérateur, directeur de production et, surtout, de faire une grande carrière de monteur. Miroir intervient alors que Gabin est entre deux âges, et la critique ne voit alors dans le jeu de l’acteur qu’une routine sans intérêt, bien que son personnage soit en train d’évoluer. Après l’échec commercial du film, Lamy ne réalisera plus aucun long métrage et mourra, oublié par l’histoire du cinéma, dans un accident de train en 1982.

Pourtant, vu d’aujourd’hui, Miroir apparaît d’une richesse incroyable. L’histoire est celle d’un ex-anarchiste qui mène une double vie d’homme d’affaires respectable et de caïd de la pègre parisienne, bientôt embarqué dans une guerre meurtrière contre son antenne marseillaise. Quelques scènes, comme la dernière ou Gabin joue de la mitraillette dans un cimetière, sont d’une violence qui rappelle les films de gangsters américains plutôt que l’Ecole Française. À ne pas manquer non plus les vues du club de catch féminin sur lequel règne le Gabin nocturne. Pour corser le tout, Gabin a un fils – ou supposé tel – incarné par Daniel Gélin, qui est une étoile montante du barreau et va se marier avec une jeune fille de la haute bourgeoisie. Les dialogues de Carlo Rim sont très percutants. Lorsque Gabin demande à Gabrielle Dorziat, future octogénaire terrible du cinéma français, où les hommes mettaient leurs mains de son temps, celle ci répond, sèchement : "Ils ne les mettaient pas". Le Caïd se vengera plus tard en assénant à son ainée une tirade assassine, dénonçant une bourgeoisie plus attachée aux apparences qu’à l’honnêteté véritable. Dans Miroir, on voit aussi passer la future star Martine Carol en jeune sotte de mauvaise vie. Mais la divine surprise du film est Colette Mars, grande chanteuse de l’époque, qui entonne la magnifique complainte "Je ne sais rien de mon amant" et essaie, de sa voie tendue, de consoler Gabin dont elle est la maîtresse dévouée.

Le film, tourné aux Studios de Saint-Maurice, offre quelques beaux plans extérieurs d’un Paris de 1947 où la circulation automobile est encore bien clairsemée.

Par Antoine Sire

Publié le Mercredi 6 janvier 2016.
Beatrice Billon
Le film
Miroir

MIROIR

de Raymond Lamy

1947

Avec : Jean Gabin, Daniel Gélin, Colette Mars, Gabrielle Dorziat, Gisèle Préville, Martine Carol…

Scénariste : Carlo Rim et Paul Olivier

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