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1994 : la révolution Tarantino déferle sur Cannes

  • Tarantino

Il y a des années où le Festival de Cannes fourmille de films attendus, et ou la Palme d’or revient pourtant à une oeuvre que personne n’espérait. C’est ainsi qu’a commencé, en 1994, la révolution Tarantino. Figuraient pourtant au menu de solides plats de résistance cinématographique, parmi lesquels Soleil Trompeur de Nikita Mikhalkov qui associe une ambiance tchékovienne à la toile de fond historique des premières purges staliniennes et Vivre de Zhang Yimou qui raconte avec un réalisme non dépourvu de tendresse la rude vie d’une famille chinoise pendant les années Mao. Mais cette année-là, le Président du jury s’appelle Clint Eastwood. Il a imposé que le jury se réunisse dans la magnifique villa qui lui a été attribuée à Mougins, à une dizaine de kilomètres de Cannes. Il a fait disposer le nom des films candidats sur des tréteaux et dirige les débats, habillé en survêtement de sport, avec l’autorité d’un Maître de guerre. Malgré le penchant de la vice-présidente du jury Catherine Deneuve pour le film de Mikhalkov, après trois tours de scrutin officiel, Eastwood peut se réjouir de la victoire du deuxième film de Quentin Tarantino. Avec Pulp Fiction, cet ancien employé de video club californien impose sans crier gare son esthétique bourrée d’humour, de violence et de références aux sous-cultures de la seconde moitié du XXème siècle.

Tarantino doit déjà beaucoup à Cannes puisque c’est la présence deux ans plus tôt au festival de son premier film, Reservoir Dogs, qui a attiré l’attention des frères Weinstein, ses futurs producteurs. Harvey Weinstein, justement, à organisé avec génie le buzz autour de Pulp Fiction qui n’a été projeté qu’en toute fin de festival. Lorsque Clint Eastwood, après quelques secondes d’un suspense savamment dosé, lâche le nom de Pulp Fiction, c’est Weinstein qui bondit de son siège le premier malgré sa corpulence, tandis que Tarantino congratule ses acteurs, John Travolta, Maria de Medeiros, Samuel L. Jackson, Bruce Willis. « Quelle Daube, non mais quelle daube », s’exclame alors une spectatrice au fond de la salle, apportant sur un plateau à Tarantino l’occasion d’inaugurer l’un des numéros de charme dont il a le secret. Non sans faire une sorte de doigt d'honneur à la spectatrice mécontente, il se déclare d’autant plus étonné par son succès que, selon lui, pour gagner, il faut faire des films qui rassemblent les gens, alors que les siens sont faits pour diviser. Le bonheur du réalisateur et de son équipe fait plaisir à voir, mais selon Gilles Jacob dans ses mémoires, le plus heureux fut John Travolta, dont le grand retour dans Pulp Fiction allait faire passer le salaire de 800 000 à 20 millions de dollars !

 

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la box fait son cinema

Publié le Samedi 27 mai 2017.
Stephie Ngo
Le film
Affiche Pulp

PULP FICTION

de Quentin Tarantino

1994

Avec : John Travolta, Uma Thurman, Samuel L. Jackson, Bruce Willis, Harvey Keitel, Ving Rhames,

Scénariste : Quentin Tarantino et Roger Avary

Producteur : Lawrence Bender

Distribution : Bac Films

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