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1993 : Jane Campion devient la première femme à décrocher la Palme d'or

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Le nom de Jane Campion est associé pour l’éternité au Festival de Cannes. C’est en 1993 que la cinéaste néo-zélandaise rentre dans l’histoire en devenant la première femme à remporter une Palme d’or. Un exploit dont elle peut d’autant plus se féliciter, puisque depuis, aucune de ses consoeurs réalisatrices n’a réussi à décrocher la prestigieuse récompense. Quelques mois plus tard, la cinéaste fera également figure de quasi-pionnière en devenant la seconde femme, après l’Italienne Lina Wertmüller, à être nommée à l’Oscar du meilleur réalisateur. Si ce titre lui échappera de même que la statuette du meilleur film, Jane Campion repartira tout de même avec l’Oscar du meilleur scénario original. Quant à ses deux comédiennes principales, Holly Hunter et Anna Paquin, elles se verront respectivement décerner l’Oscar de la meilleure actrice et celui de la meilleure actrice dans un second rôle. La Leçon de piano fut, à n’en pas douter, un film féministe avant l’heure.

Pour autant, Jane Campion n’était pas une cinéaste débutante lorsqu’elle fit un triomphe lors de l’édition 1993 du Festival de Cannes. Sept ans auparavant, la cinéaste avait même été lauréate, au même endroit, de la Palme d’or du court-métrage pour son film An Exercise in Discipline – Peel, devenant par la même occasion, la première femme à repartir avec cette récompense. Entre Jane Campion et le Festival de Cannes, l’histoire d’amour était née. En 1989, la cinéaste viendra y présenter Sweetie, son premier long-métrage. Vingt ans plus tard,  son septième film, Bright Star, sera présenté en sélection officielle. Enfin, lors de l’édition 2013, soit vingt ans après son sacre pour La Leçon de piano, Jane Campion se verra décorée du Carrosse d’or, trophée remis chaque année à un cinéaste lors de la Quinzaine des réalisateurs, afin de récompenser l’ensemble de sa carrière. 2014 marquera une autre de ses consécrations cannoises puisque la réalisatrice sera présidente du jury. Jury qui remettra son Grand Prix à l’Italienne Alice Rohrwacher pour son film Les Merveilles. Mais la Palme d’or, elle, reviendra bel et bien à un homme, le Turc Nuri Bilge Ceylan pour Winter Sleep. Jane Campion accordant le Saint Graal cinématographique à une femme ? Une hypothèse que beaucoup avait émis mais qui ne s’est finalement pas réalisée.

Un film de femmes

Comme c’est souvent le cas dans le cinéma de Jane Campion, les figures féminines sont au centre de l’intrigue. Avec La Leçon de piano, la réalisatrice aborde l’histoire d’un déracinement. Celui d’une femme, Ada, et de sa fille de neuf ans, Flora. Toutes deux ont quitté leur Écosse natale pour venir s’établir dans la Nouvelle-Zélande encore très sauvage de la fin du XIXème siècle. Au terme de ce voyage éprouvant à l’autre bout du monde, Ada, qui n’a plus dit un mot depuis des années, se voit retirer son piano. Pour elle, plus qu’un instrument de musique, il s’agit avant tout d’un moyen de véhiculer ses émotions ainsi qu’une manière de parler avec sa fille. La jeune femme parvient néanmoins à retrouver la trace de son objet fétiche, au fin fond du bush néo-zélandais. L’instrument est désormais la propriété de Baines, un homme illettré se passionnant pour la culture des Maoris, peuple autochtone de Nouvelle-Zélande. Ce dernier va alors proposer un drôle de contrat à Ada : la jeune femme pourra récupérer son piano, à condition qu’elle se soumette à quelques fantaisies sexuelles. Film charnel, magnifié par la bande-originale de Michael Nyman, La Leçon de piano aborde de manière frontale la question du plaisir féminin. Délicat plutôt que sensationnaliste, le long-métrage est avant tout une ode aux femmes et à la nature luxuriante de la Nouvelle-Zélande, pays d’origine de Jane Campion que cette dernière avait quitté à 21 ans pour l’Australie. Dans le rôle de l’énigmatique Ada, Holly Hunter met tout le monde d’accord et il semble aujourd’hui difficile d’imaginer d’autres comédiennes pour jouer ce personnage. Et pourtant, d’autres actrices avaient également été envisagées, à l’image de Sigourney Weaver, Angelica Huston, Jennifer Jason Leigh, Madeleine Stowe ainsi que les Françaises Isabelle Huppert et Juliette Binoche. Toutes furent coiffées au poteau par Holly Hunter qui, avec La Leçon de piano, trouva véritablement le rôle de sa vie.

Outre la Palme d’or ainsi que ses trois Oscars, le film sera véritablement plébiscité lors des différentes remises de prix qui suivront. Holly Hunter effectuera le grand chelem, en remportant le Golden Globe ainsi que le Bafta de la meilleure actrice. En France, La Leçon de piano se verra également décerner le César du meilleur film étranger. Une pluie de récompenses pour Jane Campion, intervenant pourtant à un moment dramatique de sa vie. En effet, à l’été 1993, la cinéaste perd son enfant, seulement quelques jours après sa naissance. Cette année si particulière dans sa vie marquera donc à la fois son sacre sur le plan professionnel et le plus grand drame de sa vie, d’un point de vue plus intime. Malgré les épreuves, Jane Campion continuera de créer. Les films s’enchaîneront. Certains seront de nouveau présentés sur la Croisette, d’autres non. Mais qu’importe. Le nom de Jane Campion reste, quoi qu’il arrive, toujours associé au Festival de Cannes, sans lequel sa carrière n’aurait peut-être pas eu l’importance qu’elle a aujourd’hui.

Crédit photo : Collection Christophel

Publié le Mardi 14 mai 2019.
Antoine Le Fur
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