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1961 : Triomphe pour Viridiana, le film qui passa entre les gouttes de la censure franquiste

  • Viridiana 2

En 1961, le Festival de Cannes s’annonce calme, avec comme Président du jury l’écrivain provençal Jean Giono qui ne semble pas là pour faire du scandale. Dès l’avant dernier jour, le jury se réunit et se prépare à décerner la palme d’or à Une aussi longue absence, réalisé par Henri Colpi et co-scénarisé par Marguerite Duras. Il y a tout de même un film qui sent un peu le soufre, le très anticlérical Mère Jeanne des anges, du polonais Jerzy Kawalerowicz, dont la présence à Cannes à suscité la fureur du Vatican et que le jury s’apprête à couronner d’un Prix spécial.

Mais ce que Saint-Siège ne sait pas encore, en cette veille de palmarès, c’est qu’un autre film présenté à Cannes va finalement remporter la Palme d’or ex-aequo et susciter une telle rage au sein des autorités religieuses que même le Général De Gaulle va s’en mêler. Luis Bunuel a profité d’un moment d’égarement de la censure franquiste pour réaliser Viridiana, où deux grands acteurs du cinéma espagnol, Francisco Rabal et Fernando Rey, partagent l’affiche avec la belle mexicaine Sylvia Pinal, dans le rôle-titre. Bien que Viridiana soit destinée au couvent, la caméra de Bunuel n’hésite pas à s’attarder sur ses jambes splendides avec une concupiscence bien peu religieuse. Mais surtout, la jeune femme va involontairement tourmenter la libido de son oncle, qui se suicidera, avant de renoncer à rentrer dans les ordres et de subir les assauts des déshérités qu’elle protège. Et pour finir, elle s’installera dans un ménage à trois avec son cousin et sa servante ! Comme le tirage de la copie du film, qui devait s'achever à Paris, avait pris du retard, il fut projeté seulement le dernier jour, alors que la répartition des prix avait déjà était faite. Mais le visionnage de Viridiana fut un tel choc, que les jurés se réunirent à nouveau et décidèrent de lui décerner la distinction suprême, ex-aequo avec le film de Colpi. Outre la colère du Vatican, il y eut bien sur celle du gouvernement franquiste, enfin conscient que le film de Bunuel dénonçait avec une ironie mordante la chape d’obscurantisme que le dictateur imposait à l’Espagne depuis 25 ans. Le cinéaste se défendit par l’ironie : « Ce qui a mis le feu aux poudres, dit-il, c’est que j’ai montré une couronne d’épines en flammes et un couteau en forme de croix, mais on en trouve partout en Espagne. Ma propre sœur a vu une nonne se servant de ces petits couteaux pour peler une pomme ». Viridiana fut interdit par l'administration espagnole, et le directeur général de la Cinématographie limogé pour avoir laissé son tournage se faire. L’administration franquiste décidera même d'annuler rétroactivement l'autorisation de tournage et de considérer que le film n'existait pas en tant que film ibérique. Il ne sortira sur les écrans espagnols qu’en 1977 et sa nationalité originelle ne lui sera rendue qu'en 1983 !

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Publié le Jeudi 18 mai 2017.
Stephie Ngo
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