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Yann Marchet : " Il y a un vrai retour des effets visuels français "

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A l’occasion du Paris Images Digital Summit, rencontre avec l’homme derrière cet événement célébrant les effets visuels, Yann Marchet.

Quel est votre rôle sur le Paris Images Digital Summit ?

J’en suis le fondateur et le délégué général. Donc mon rôle, c’est d’organiser l’événement et d’en faire la programmation, même si je ne suis pas tout seul pour cela. On va dire que je suis le chef d’orchestre ! Mais un chef d’orchestre qui compte beaucoup sur ses collaborateurs. Les précédentes éditions du Paris Images Digital Summit ont été couronnées de succès. On est très content, ça se passe très bien.

Où en est-on aujourd’hui en France sur le plan des effets spéciaux ?

Les projets avec des effets visuels sont plus compliqués à monter en France parce que les gens qui financent le cinéma ont peut être plus d’appétence à financer des films d’auteurs. Si on veut faire un vrai gros blockbuster, il faut prévoir 200 millions d’euros. Et généralement, quand on a 5% ou 10%  du budget pour les effets visuels, on est très contents. En France, Santa & Cie d'Alain Chabat est à 5 millions d’euros pour les effets visuels, ce qui est un très beau chiffre pour une production française. Donc aujourd’hui, on a la chance d’avoir en France, de vrais talents dans le domaine des effets visuels ainsi qu’au niveau de la formation. La preuve, les boîtes étrangères viennent recruter ici et se battent pour avoir les meilleurs talents. Depuis un ou deux ans,  il y a un vrai retour des effets visuels français. On a de très beaux projets que l’on va présenter comme Dans la brume de Daniel Roby (sortie le 4 avril, NDLR) qui est un film où il y a eu plus de 2 millions d’euros alloués aux effets visuels, pour un budget global de 15 millions d’euros.

Quelles ont été les évolutions significatives sur le plan technique, ces dernières années ?

Il y a eu une grosse évolution avec la technique de prévisualisation. C’est ce que l’on peut appeler la Virtual Production ou la Production 360, qui est la capacité à ce que les outils numériques soient utilisés à tous les moments de la production. Un de ses corolaires, c’est aussi de prévisualiser une séquence en voyant les effets à la fin, que l’on appelle aussi previsualisation on set. On peut vraiment appréhender la séquence et faire les ajustements adéquats, directement sur le plateau. Enfin, il y a le temps réel, c’est-à-dire  que c’est cette même capacité à faire et avec une vision du temps réel. Tout d’un coup, on veut changer des effets ou des choses en matière de Visuals Effets, et on est en capacité d’opérer un changement en temps réel, ce qui fait que ça donne pas mal d’options.

Qu’en est-il de la Réalité Virtuelle dont on a beaucoup parlé ces derniers temps ?

JIl y a eu beaucoup de conférences sur le sujet cette année et on a préféré se focaliser sur les VFX. Cependant la réalité virtuelle n'est pas totalement absente du Paris Images Digital Summit avec le Hackaton VR Cybervitesse et plusieurs projets en développement présentés au PIDSViz. Et puis le public aura l'occasion de visionner un film de Phil Tippett en VR.

Y a-t-il un pays pionner en matière d’effets visuels ?

Le pionnier des pionniers en matière d’effets visuels et spéciaux, c’est évidemment la France avec Georges Méliès. Mais après, il y a bien évidemment les Etats-Unis,  depuis la création d’ILM, qui marque le point de départ, en 1975. C’est le début de l’ère moderne des effets spéciaux et visuels. Aujourd’hui, c’est un phénomène mondial mais parce que les effets spéciaux sont présents dans tous les films. Des pays se sont ensuite ouverts à cette industrie-là, notamment le Canada. Mais en tout cas, la source de création part des Etats-Unis.

Cette année, Phil Tippett va recevoir un Génie d’honneur. Comment se passe les décisions pour décorer tel ou tel invité ?

On a un comité éditorial de sages de la création française qu’on réunit pour parler de la programmation, discuter des différents angles et notamment de l’attribution d’un Génie d’honneur, que l’on appelle en anglais Visionnary Awards. On s’est dit que ces gens-là n’avaient jamais fini de créer et d’innover. Donc généralement, on choisit en proposant des personnalités. On discute, on choisit, on voit s’ils sont disponibles et d’accord. Pour l’instant, nous sommes vraiment sur des techniciens qui sont plutôt incontournables. On est assez chanceux puisque quand on regarde les artistes que l’on a honorés, on n’a que des maîtres absolus et il n’y en a pas tant que ça. Par la suite, il va falloir pousser et j’ai quelques idées pour les années à venir.

 

« Santa & Cie est très réussi sur le plan des effets visuels »

 

Pourriez-vous me citer un film français et un film américain qui vous a particulièrement marqué dans le domaine des effets visuels, ces derniers mois ?

Le film américain qui m’a le plus marqué cette année, c’est La Planète des singes de Matt Reeves, qui était une vraie avancée dans le domaine technologique. Je pourrais aussi citer Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve, qui est à la fois incroyable sur le plan de la mise en scène et très intéressant sur le plan visuel. Et puis côté français, je dirais Santa & Cie parce que c’est un film que, personnellement, j’ai bien aimé et qui en plus, est très réussi dans le domaine des effets visuels. Dans ce film, il y a une ambition avec un imaginaire à créer et c’est toujours intéressant.

Quels vont être les enjeux majeurs pour cette nouvelle édition du Paris Images Digital Summit ?

On va continuer à progresser et à se développer puisque l’on va avoir plus de conférences que les autres années. Il va y avoir plus de soixante intervenants, une vingtaine d’études de cas et des tables rondes puisqu’on va passer d’une à deux salles. Nous gardons l’auditorium mais on va avoir une deuxième salle. On va lancer pour la première fois, les rencontres professionnelles de l’industrie française des effets visuels. L’idée, c’est que cette industrie a peu l’occasion de se rencontrer, d’échanger et de discuter des grands enjeux qui structurent son secteur. Du coup, c’est l’occasion pour ces sociétés-là et cette communauté, de venir et d’échanger mais de manière plus informelle.

A l’instar de la réalité virtuelle, y a-t-il une technique dont vous pensez qu’elle va avoir une grande importance à l’avenir ?

Je pense que ce sera le temps réel. On n’en est qu’aux balbutiements. Le temps réel est l’enjeu majeur pour l’ensemble de l’industrie. Ça va être une vraie révolution avec des applications très larges. De manière générale, on veut repousser les limites de l’émerveillement, et pouvoir retenir des plans comme dans Star Wars ou Blade Runner. Il y a un travail de mise en scène avec des effets visuels, qui fait que ces films vont provoquer une émotion. Le dernier épisode de Star Wars est particulièrement brillant à ce titre.

Plus d'informations sur l'événement : ICI

Paris Images Digital Summit 2018 au Centre des Arts d'Enghien-les-Bains

Du 24 au 27 janvier 2018 

Sur incription

Crédit photo : Twitter @ParisImagesDS

 

 

Publié le Samedi 20 janvier 2018.
Antoine Le Fur

Centre des Arts d'Enghien-les-Bains

12-16 Rue de la Libération 95880 Enghien-les-Bains

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