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Martin Scorsese, invité d'honneur du Festival Lumière

  • Martin Scorsese

Martin Scorsese : "Au départ, il y avait chez moi de la colère devant tous ces chefs d'œuvre en péril".

Cinéphilie, passion pour la conservation des films et hommage au travail de mémoire de Bertrand Tavernier, voici ce qu'il faut retenir du discours de Martin Scorsese à la réception du Prix Lumière, remis le 17 octobre et retrouvez également en bas de page le lien de l'intégralité de la Masterclass de Martin Scorsese donné le même jour au Festival Lumière.

"Ce soir, nous te remettons le Prix du Festival que nous pensions te décerner dès la première édition !" a déclaré Bertrand Tavernier, absent de la cérémonie pour cause de convalescence, dans un message que Thierry Frémaux et François Cluzet ont lu à Martin Scorsese.
Après le Scorsese réalisateur qui s'est exprimé dans ses deux Master Class à la Cinémathèque à Paris et au Festival Lumière à Lyon, c'est avant tout le Scorsese cinéphile qui a parlé en recevant le Prix Lumière dans la cité rhodanienne.

"Je ne sais si je peux survivre à ça. C'est vraiment très émouvant de vivre cet hommage" a déclaré Scorsese en répondant à la standing ovation des 3000 spectateurs présents. "Merci de me recevoir dans cette ville où le cinéma a été inventé".

"Mes parents m'emmenaient au cinéma parce que j'étais asthmatique et qu'ils ne pouvaient rien faire d'autre de moi.
Grâce à eux j'ai ainsi découvert l'amour, la colère, la fantaisie, l'humour, la violence, la musique, la poésie, la compassion, la vie en somme. Des films comme Duel au Soleil, Païsa, La Belle et la Bête, La Strada : tel est le genre d'œuvre que j'ai pu voir avec eux.
Dans notre famille, les mots nous faisaient parfois défaut et une grande partie de ce que nous ne pouvions dire s'articulait à travers les films que nous allions voir ensemble. C'est le souvenir de cette intimité avec ma famille, obtenue grâce au cinéma, qui me conduit à continuer à essayer de faire des films. Mais je dois aussi au cinéma l'ouverture au monde de l'enfant que j'étais.
Les premières choses que j'ai sues du Japon, je les ai apprises grâce aux Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi, j'ai découvert la France avec Les enfants du Paradis ou l'Inde à travers La complainte du Sentier de Satyajit Ray.

Et puis est advenu le miracle de pouvoir faire des films, ce qui me semblait absolument inenvisageable dans la ville de New York en 1959 ou 1960. C'est tout aussi miraculeux que je sois parvenu à poursuivre ma carrière de réalisateur, et aussi que j'aie pu exercer cette mission consistant restaurer et préserver des films de patrimoine.

Au départ, encore plus que du désir, il y avait chez moi de la colère devant tous ces chefs d'œuvre en péril. J'avais un tel besoin de partager avec d'autres mon enthousiasme, que j'ai ensuite ressenti le besoin de faire des films sur les films, de partager mon amour du cinéma de cette manière.
Lorsque j'étais enfant, il n'y avait pas de livres chez nous et c'est à travers le cinéma que j'ai découvert la poésie, la musique, la littérature. J'ai essayé, moi aussi, d'inspirer et de faire découvrir tout cela en transmettant ma passion. Il y a quelques années, des cinéastes ont exprimé du mépris à propos des documentaires consacrés au cinéma. Ils ont dit des choses telles que : « Qu'arrive t-il au cinéma ? Il n'a rien d'autre à faire que des films sur le cinéma ».
Mais je pense que la plupart de ces films sur le cinéma ont une valeur bien supérieure à un superficiel inventaire des dix meilleures scènes de suspense au des dix plus beaux baisers. Des films comme Tokyo-Ga, documentaire de Wim Wenders sur Ozu, font un vrai travail d'histoire, examinent qui nous sommes et comment nous travaillons. Ils sont un vrai enrichissement de notre culture.

Je dis tout cela cela parce que j'ai pu rencontrer il y a quelques jours Bertrand Tavernier à Paris. J'ai vu une heure et demie du documentaire très personnel qu'il est en train de préparer sur le cinéma français. J'ai vu les parties remarquables consacrées à Jacques Becker, à Marcel Carné, Jean Renoir, à la musique dans le cinéma français des années 1930.
Le cinéma a un besoin permanent de réexamen et de réévaluation. Des cinéastes ont été méconnus alors que leur travail est magnifique. Tavernier nous emmène avec intelligence et profondeur, à travers son point de vue personnel. Son travail est un trésor et il est un trésor. Même si vous connaissez tous les films dont il parle, il vous révèle de la beauté pure.

Le problème, ce sont toutes les images qui nous submergent 24 heures sur 24, et notamment pour les jeunes qui ne connaissent le monde qu'à travers cela. Il faut que ceux de cette génération soient guidés : qu'ils regardent les plus grands films de Bergman ou des films d'animation, l'essentiel est qu'ils apprennent à les regarder en comprenant la culture, l'époque ou les sentiments dont ils sont porteurs. C'est pour cela que le travail de Tavernier est aussi important.

Nous-même, lorsque nous avons entrepris ce type de travail il y a 20 ans, nous étions loin de nous douter des complications légales qui en résulteraient un jour. A l'époque, nous avons utilisé des images et de la musique sans nous soucier des droits. Nous avons essayé de changer l'état d'esprit d'Hollywood avec notre Film Foundation (qui restaure chaque année des dizaines de films du monde entier). Il y a eu des progrès mais il reste beaucoup à faire.
Mais je lance aujourd'hui un appel à ceux qui possèdent les droits des films de patrimoine : soyez ouverts, ne compliquez pas la tâche des metteurs en scène sérieux qui veulent utiliser des extraits pour expliquer et éclairer le cinéma pour les jeunes générations, pour les aider à regarder le monde autrement qu'à travers des séquences de six secondes sur un iPhone". 

Martin Scorsese animait également une Masterclass au Festival Lumière le 17 octobre 2015.
Retrouvez la en entier en cliquant ICI

©photo : Lyonmag

Publié le Samedi 17 octobre 2015.
Beatrice Billon
Thierry Frémaux, Bertrand Tavernier, Film culte, Film, Cinéma, Lyon, Festival Lumière, Martin Scorsese, Prix Lumière, émotion
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