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Le grand cinéma mexicain à l’honneur au Festival Lumière

  • Maria Felix

Des cinéastes aussi majeurs qu’Eisenstein ou Bunuel ont accompli une partie de leur carrière au Mexique. Bunuel par exemple, fuyant à la fois l’Espagne de Franco et l’Amérique de McCarthy, y a trouvé refuge et y a réalisé des films aussi essentiels que Los Olvidados et La vie Criminelle d’Archibald de la Cruz.

Mais s’il est une terre d’asile, le Mexique est d’abord une grande terre de cinéastes et le Festival Lumière a offert cette année un magnifique échantillon de grands films à ne pas rater. Un cinéma contemporain de l’âge d’or d’Hollywood, parfois plus libre car non soumis à la grille de lecture d’une société idéale qu’imposait le Code Hays, le règlement de censure du cinéma américain.

On trouve dans cet échantillon des films "ruraux", comme Enamorada d’Emilio Fernandez, qui montre la vie et la révolte des paysans au temps de la révolution mexicaine. Un général révolutionnaire incarné par Pedro Armendariz, immense star du cinéma Mexicain qui s’est suicidé à 51 ans après avoir appris qu’il avait un cancer incurable, tombe sous le charme de la fille d’un riche Aristocrate.
Il y a quelque chose du Cid dans cette romance poétique où le rôle de cette Chimène volcanique qui finit amoureuse soumise est incarné par Maria Félix, la magnifique brune du cinéma mexicain. La résistance de la grande bourgeoise fière mais sentimentale ne découragera pas le général et, finalement conquise, elle abandonnera son fiancé aristocrate pour s’en aller traverser la pampa, en humble épouse soumise et piétonne, aux côtés du cheval de l’héroïque chef de guerre.

L'actrice est mise en valeur par le légendaire chef opérateur mexicain Gabriel Figueroa (qui travaillera aussi pour John Ford et Luis Bunuel), qui la rend irrésistible lorsque ses cheveux sont cachés par une mantille. 
Le New York Times écrit : "Miss Felix mérite justement sa réputation d’actrice mexicaine la plus incandescente. Elle est une artiste merveilleusement expressive". Pourtant Maria Felix sera boudée par Hollywood, qui obligera Fernandez à faire un remake complètement raté d’Enamorada avec Paulette Goddard. Mais l’actrice mexicaine se rattrapera en étant adoptée par le cinéma Italien et le cinéma Français, notamment avec Jean Renoir qui en fera une des stars de French Cancan.

Le cycle Mexicain du Festival Lumière fut aussi l’occasion de découvrir que ce pays fut touché par la vague des films noirs, avec notamment un thriller politique et urbain, Distinto Amanecer de Julio Bracho.
Là encore, l’image est signé de Gabriel Figueroa, qui plante le décor dès le début du film avec une haletante poursuite nocturne dans les rues de Mexico. Après l’assassinat d’un collègue, un militant syndical (à nouveau l’inévitable Armendariz) trouve refuge chez une amie de jeunesse, incarnée par la longiligne et mystérieuse Julia Palma, qui ne semble pas très heureuse en ménage.
Cette histoire désenchantée d’amour et de corruption est à la hauteur des meilleurs films américains du genre. 

Dans Double destinée de Roberto Gavaldón, une autre star Mexicaine, Dolores del Rio, décide d’assassiner sa sœur jumelle fortunée pour prendre sa place… Un film noir dont la photographie tout en contrastes est signée de l’autre grand chef opérateur Mexicain de l’époque, Alex Philips, pour composer un troublant portrait de femme.
On a pu voir aussi de Gavaldon le très onirique et funèbre Macario.

Le cycle s’est achevé avec la projection dimanche de Maison de rendez-vous d’Alberto Gout ou une jeune femme tout juste arrivée à Juarez, est livrée à la patronne d’une maison close…
Dans une atmosphère de vice et de chaos, le seul salut réside dans la perversion délivrée de la morale, célébrant une sexualité agressive et décomplexée, bien éloignée des films hollywoodiens de l’époque...

Par Antoine Sire

Publié le Lundi 19 octobre 2015.
Beatrice Billon
Luis Bunuel, Mexicain, Cinéma, Lyon, Festival Lumière
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