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Cyclisme et cinéma : petite reine et grands films

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Alors qu'il a débuté le 2 juillet, le Tour de France 2016 s'était jusqu'alors fait un peu voler la vedette par l'Euro. Il est temps de se rattraper !  Pour cela, nous vous proposons de (re)découvrir les grands films qui ont illustré la frénésie du vélo. Dépassement de soi, règlement de comptes, fuite en avant… Le cyclisme, en amateur ou en compétition, est une vaste métaphore dans laquelle le spectateur a toujours sa place même s’il s’intéresse rarement aux étapes de plaine. 

Le cyclisme dans l’entre-deux-guerres

Entre deux conflits mondiaux, le vélo de course exalte et rassemble un pays éprouvé. Muet ou parlant, le cinéma français s’empare du cyclisme et bien sûr du Tour de France qui élève de nouveaux héros populaires. 

Le Roi de la pédale de Maurice Champreux (1925)

Le Roi de la Pédale raconte l'histoire d’un passionné de vélo, Fortuné. C’est Georges Biscot, comique populaire et star du music hall, qui endosse ce rôle dans cette production évidemment muette. A trop s’intéresser au cyclisme, Fortuné finit par se faire virer de son poste de groom au Negresco. Il se fait ensuite embaucher dans un fabricant de vélos puis participe brillamment au Tour de France. 
C’est nouveau et c’est une chance : on montre au cinéma que les anonymes peuvent s’illustrer par le sport. 

Hardi les gars ! de Maurice Champreux (1931) 

Georges Biscot incarne une seconde fois un type sympathique à la volonté plus solide que les talents. Et cette fois ci, il parle ! Ainsi pour séduire une demoiselle, il tente de devenir coureur cycliste et prend le départ du Tour de France où chaque étape est pour lui un enfer. Jusqu’à ce qu’il se trouve en tête au Parc des Princes à la suite d’une énorme bourde.
Le film invite de vrais coureurs dans leurs propres rôles. Ils paraissent lointains voire antiques, mais dans les années 20/30 ils étaient de vraies vedettes grâce à leurs victoires : Charles Pélissier, benjamin d’une fratrie de grands cyclistes (dont Francis qui découvrit le champion Jacques Anquetil), Antonin Magne dit Tonin-la-méthode et André Leducq dit le Joyeux Dédé.

Le Roi De La Pe Dale 1925 CYCLISME Cine Ma Paris

On remarque grâce aux titres de ces deux films de Maurice Champreux (gendre de Louis Feuillade, pionnier du cinéma) l’évolution du fonctionnement du Tour. Si Le Roi de la Pédale évoque l’exploit d’un seul homme, Hardi les Gars ! semble mettre l’accent sur le collectif. En effet, il fallut attendre l’aube des années 30 pour voir se former des équipes nationales au Tour de France.

De l’autre côté de l’Atlantique…

Bien sûr que les films sur le cyclisme ont eu leur succès aux Etats-Unis. Cependant, le vélocipède inventé en Allemagne dès 1815 arrive seulement dans les années 1860 de l'autre côté de l'Atlantique quand un français obtient un brevet américain pour la construction de bicycles. Les années 1870 marquent la naissance des courses sur piste aux Etats-Unis, spécialité anglo-saxonne, avec l'épuisante Course de Six Jours. Il faut attendre 1982 pour voir naître la Race Across America, un parcours de 4800km "ultra marathon" liant la côte Ouest à la côte Est. Dès la fin des années 70, les salles de cinéma voient débouler une avalanche de productions sur le sport que l’on peut qualifier "d’inspirantes" : Les Chariots de Feu, Le Grand Défi, Jusqu’au Bout du Rêve, les Rocky
Traversée des paysages changeants dans les grands espaces, quête de liberté et tout simplement être le meilleur, voilà les thèmes développés par deux des films américains sur le vélo :

La Bande des Quatre de Peter Yates (1979)

C’est le titre d’un film de Jacques Rivette mais aussi le petit nom français de Breaking Away avec Dennis Christopher et Dennis Quaid. Cher aux aficionados de la bicyclette, le film a remporté d’un Golden Globe puis de l’Oscar du meilleur scénario original en 1979.  
L’histoire : quatre jeunes américains de l’Indiana fraîchement diplômés ne savent pas trop quoi faire de leur vie. Fascinés par la culture européenne, ils se laissent finalement aller à la passion de l’un d’entre eux : les courses cyclistes. La liberté est dans le coup de pédale, pas à l’université. 

Le Prix de l’Exploit de John Badham (1985)

Plus connu sous le nom d’American Flyers, ce film nous présente un Kevin Costner moustachu pas encore star internationale. Il y joue Marcus Sommers, candidat avec son frère pour la victoire à la plus grande course cycliste du Colorado appelée l’Enfer de l’Ouest. Erigé au rang de classique des feel-good movies, Le Prix de l’Exploit a vu son casting embelli par la présence d’Eddy Merckx.
L’équipe de coureurs 7-Eleven du film était une véritable équipe que l’on pouvait croiser dans les Tours de France et Giro d’Italie dans les années 80. Puis, un grand atout du film réside dans la bande sonore plus que sympathique où se côtoient les ZZ Top, Creedence Clearwater Revival, Chris Isaak et un certain Glenn Shorrock qui signe un titre eighties à souhait nommé American Flyers

Le cinéma et l'Histoire du cyclisme

Avec un peu de recul, le cinéma a en effet fini par conter l’Histoire du cyclisme, profondément ancrée dans la culture française. Si les premiers films de cyclisme s'appuyaient sur des individus partis de rien pour fonder le mythe de la discipline, c'est ensuite dans la grande tradition de la course à vélo que certains tentent de tirer leur épingle du jeu, prenant exemple sur des héros qui ont su imposer des styles bien à eux.

Les Cracks d’Alex Joffé (1968)

Bourvil et Robert Hirsch se partagent l’affiche d’un film qui nous emmène en 1901. Jules Auguste Duroc (Bourvil) est un fin bricoleur qui a conçu une bicyclette comportant de nombreuses astuces techniques. Seulement, l’homme est endetté et se fait poursuivre sur le trajet de la course Paris-San Remo par des huissiers tenaces qui veulent saisir son vélo. 
Bourvil traverse tout le pays, depuis l’Oise jusque l’Ardèche, la Drôme, le Vivarais et finalement Nice et le stade du Fort Carré d’Antibes. Dans cette course folle de début de siècle, on aperçoit alors une ébauche de ce qui sera le Tour de France dès 1903.

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Le Vélo de Ghislain Lambert de Philippe Harel (2001)

En 2001, on ne voyait pas encore benoît Poelvoorde partout. C’est Arrivé Près de Chez Vous (1992) a eu un succès relativement confidentiel, et l’acteur sera véritablement exposé au grand public avec Le Boulet en 2002. 
Ghislain Lambert est un des personnages préférés de Harel, qui ne le voyait pas joué par un autre que Benoît Poelvoorde. L’histoire prend place dans les années 70, où Ghislain Lambert se rêve coureur cycliste plus brillant qu’Eddy Merckx. Leur seul point commun : ils sont nés le même jour. Inutile de préciser que le Cannibale est un point d’amarrage central du film, et Ghislain va même jusqu’à s’entraîner dans un garage équipé de la même manière que celui de Merckx dans le documentaire La Course en Tête (1974) qui lui est consacré. 

Benoît Poelvoorde dût s’entraîner très sérieusement pour ce rôle. Pas franchement fan de vélo, il y a presque laissé les côtes flottantes dans de grosses chutes, mais a fini par apprécier l’aspect "intérieur" de la discipline. 

Retrouvailles...

Et justement, cette introspection obligatoire provoquée par le vélo a engagé la réalisation de films où il devient un instrument psychologique. Et ça règle pas mal de problèmes.

Cloud Rock, Mon Père de Kaleo La Belle (2011)

A 70 ans, Cloud Rock est ce que beaucoup appellent un marginal. Resté hippie, il n’a jamais renoncé à son idéal : prendre des drogues, être libre et individualiste. Ses grandes passions : le vélo, la marijuana.
Le réalisateur Kaleo est le fils de Cloud Rock et n’a vu son père que deux fois depuis l’âge de 3 ans. Un jour, Cloud Rock envoie une lettre à Kaleo et lui propose de faire une randonnée cycliste dans la région du volcan Mont Saint-Helens, entre Seattle et Portland. Un moyen de (re)nouer les liens entre père et fils. Une manière forte de revenir sur des questions essentielles : la parentalité et ses responsabilités. L’histoire de Kaleo La Belle est rendue sans aucun filtre, en toute authenticité et l’on assiste à un vrai moment de vie de famille. 

...Ou scandales 

Rendons nous désormais dans le côté obscur du vélo : une discipline aussi exigeante que le cyclisme apporte évidemment son lot de complications. Parmi celles-ci, le problème du dopage... Qui n'est pas récent, bien qu'il donne parfois l'impression d'être né avec les cheveux péroxydés des coureurs des années 90. Dans les années 10 et 20 déjà, la pratique était courante et l'on utilisait bien sûr du vin, parfois enrichi de feuille de coca, du champagne, puis de la morphine, de l'arsenic, du cannabis, cocaïne, ou même de l'éther ou du sang d'animaux à boire. Jusqu'aux fléaux les plus contemporains comme l'EPO.

The Program de Stephen Frears (2015)

Adapté du livre Les Sept Péchés Capitaux : A la Poursuite de Lance Armstrong du journaliste sportif et d'investigation David Walsh, Stephen Frears voulait d'abord appeler ce biopic The Ugly American (L'Affreux Américain) ! Le film décrit l'enquête condamnant le septuple champion du Tour de France alors que le milieu du cyclisme est entièrement rongé par le dopage. L'acteur Ben Foster a tenté de contacter plusieurs fois celui dont il occupait le rôle, sans réussir à le joindre une seule fois. Tout cela au nez et à la barbe de Stephen Frears, qui lui avait adressé : "N'essaie pas de discuter avec Lance Armstrong. Quand nous avons fait The Queen, on a rien demandé à la reine d'Angleterre".

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Publié le Lundi 11 juillet 2016.
Marie Moussié
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