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2019 ou l'année Eric Rohmer

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Il appartenait à cette génération de cinéastes à l’origine du fameux mouvement de la Nouvelle Vague. À l’instar des Truffaut, Godard, Chabrol ou encore Rivette (tous anciens critiques aux Cahiers du Cinéma), Eric Rohmer commença à réaliser des films à la fin des années 1950, dans une relative économie de moyens et avec une esthétique tranchant radicalement avec les cinéastes des années 1940 et 1950, dont le style était considéré comme dépassé. Au total, Rohmer (ou Maurice Schérer à l’état civil) réalisera vingt-trois longs-métrages, sur près de cinquante ans de carrière. Vingt-trois films répartis en trois grandes périodes : les Contes Moraux (1962-1972), Comédies et proverbes (1981-1987) et Contes des quatre saisons (1990-1998). A ses trois catégories, on pourrait en rajouter une quatrième qui reprendrait ses adaptations de classiques littéraires à l’image de La Marquise d’O… (1966, d’après Heinrich von Kleist), Perceval Le Gallois (1978, d’après Chrétien de Troyes) ou encore Les Amours d’Astrée et de Céladon (2007, d’après L’Astrée d’Honoré d’Urfé). Une filmographie particulièrement dense, ayant contribué à révéler plusieurs acteurs tels que Fabrice Luchini, Arielle Dombasle ou encore Pascal Grégory, et qui est à redécouvrir depuis le 9 janvier et jusqu’au 16 février à la Cinémathèque française, en parallèle d’une reprise conjointe au cinéma Le Louxor, du 16 janvier au 5 février.

Rohmer à la Cinémathèque et au Louxor, c’est bien évidemment la reprise de tous ses films mais pas seulement. Face aux cultissimes Ma nuit chez Maud, Le Genou de Claire ou encore L’amour l’après-midi, les cinéphiles pourront également visionner une sélection de courts-métrages réalisés ou produits par le cinéaste. Parmi ceux-ci, citons notamment Le Canapé rouge réalisé par l’égérie rohmérienne par excellence, l’actrice Marie Rivière, qui sera également présente le samedi 2 février à 20h afin d’évoquer l’intriguant Rayon vert. La comédienne ne sera pas la seule comédienne fétiche de Rohmer à faire le déplacement afin de présenter le travail du maître. Fabrice Luchini, révélé par le très médiéval Perceval Le Gallois, sera également de la partie, le jeudi 7 février à 19h30, pour parler du singulier L’Arbre, le maire et la médiathèque tandis que l’iconoclaste Rosette présentera, le samedi 9 février à 18h, Les aventures de Rosette, soit une sélection de plusieurs courts-métrages, datant des années 1980, dans lesquels la comédienne tient le rôle titre. Et pour ceux qui ne seraient pas rassasiés d’œuvres rohmériennes, Arte rediffuse depuis le 21 janvier, plusieurs films du cinéaste tels que Conte d’été et Pauline à la plage, qui marqua le premier grand rôle au cinéma d’Arielle Dombasle. Enfin, qui dit rétrospective d’envergure dit également coffret Dvd de prestige. Les fans pourront ainsi se régaler avec le très bel objet édité par Potemkine Distribution, dans lequel figure l’ensemble des films du cinéaste (y compris tous ses courts-métrages) ainsi qu’un livret de cent pages et, plus surprenant encore, une pochette surprise. Rohmer, cinéaste malicieux, n’a pas dit son dernier mot !

Également en librairie

Compte tenu de son goût pour les adaptations de classiques et de son amour pour les dialogues valorisant la langue française, Eric Rohmer fut rapidement considéré comme un cinéaste très littéraire. Il écrira d’ailleurs un roman, Elisabeth, en 1944, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier. Edité par Gallimard, le livre ne rencontrera pas le succès et Rohmer se tournera alors définitivement vers le cinéma, se contentant d’aborder les Belles Lettres au travers de ses films, évidemment empreints de littérature. Les livres ne sont jamais très éloignés lorsque l’on évoque Rohmer et, à ce titre, la rétrospective qui lui est consacrée passe également par les rayons de toutes les bonnes librairies avec le beau texte Pascale Ogier (Filigranes Editions), que lui consacre Emeraude Nicolas, sa demi-sœur cadette. Un livre émaillé de textes rédigés par Jim Jarmusch, Frédéric Mitterand ou encore Jean-Jacques Schuhl et revenant sur la brève carrière de la comédienne, décédée en 1984, à seulement vingt-cinq ans, après avoir tourné dans une poignée de films dont le plus célèbre reste dans doute Les Nuits de la pleine lune. Pour ce classique signé Eric Rohmer, la jeune actrice avait notamment remporté la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise ainsi qu’une nomination au César de la meilleure actrice. Une trajectoire semblable à celle d'une étoile filante, qu’il est aujourd’hui possible de redécouvrir, aussi bien sur grand écran qu’entre les pages d’un livre bouleversant.

Disparu en 2010, Eric Rohmer continue d’influencer les cinéastes, aussi bien en France qu’à l’international. Dans le cinéma hexagonal, il suffit de regarder les longs-métrages de Mia Hansen-Love ou Christophe Honoré pour s’en convaincre. Les réalisateurs asiatiques ne sont pas en reste puisque les films du Coréen Hong Sang-Soo ou du Japonais Ryusuke Hamaguchi (Asako I & II, actuellement en salles) portent en eux ce petit charme si particulier dont Eric Rohmer semble avoir été, en son temps, l’initiateur. Plus que jamais incontournable, le cinéaste est à redécouvrir, pour encore quelques jours, à la Cinémathèque et au Louxor. Un univers élégant et raffiné à consommer sans modération !

Plus d'informations sur les événements : site de la Cinémathèque (ICI) et site du Louxor (ICI)

Rétrospective à la Cinémathèque Française du 9 janvier au 11 février et au Louxor du 16 janvier au 5 février. Cycle Eric Rohmer sur Arte depuis le 21 janvier.

Pascale Ogier d'Emeraude Nicolas (Fligranes Editions)

Crédit photo : Franck Bouvat / Les Films du Losange

Publié le Samedi 2 février 2019.
Antoine Le Fur

51 Rue de Bercy 75012 Paris

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